Vacances mouvementées

    Les vacances. Enfin pouvais-je appeler cela des vacances sachant que je ne travaillais pour personne ? Je ne devais de compte qu’à moi-même, mon propre patron. Avant de continuer à mener mon enquête, je m’étais décidée à partir en balade. Pour me détendre, ne pas penser pendant quelques jours à ce qui pouvait m’attendre. Replonger ainsi dans l’innocence de l’enfance. M’émerveiller devant des paysages, tous plus beaux les uns des autres. Me détacher du passé.

 

    Il fallait dire qu’avec ce que j’avais découvert il y a quelques jours en France, j’avais besoin de m’isoler. De faire le point sur moi-même. Ne plus penser à ce père qui me compliquait, malgré lui, la vie. Mais il me la simplifiait aussi d’une certaine manière. M’offrant une possibilité d’isolement. Loin de la civilisation. Une promesse faite à un enfant que le petit devenu grand avait oublié, mais que le père tenu jusqu’au bout. Comme pour essayer de se racheter de ses erreurs.

 

    Sweat sur le dos. Stèle dans la poche. Je m’enfonçais dans cette forêt. Un lieu que j’appréciais beaucoup et de plus en plus. Plus j’avançais. Plus je m’éloignais du village le plus proche. Mieux je me sentais. Libérée de toutes contraintes. À l’abri des regards, je pouvais être moi. Et non celle que l’on voulait que je sois. Je sentais que ce lieu encore inconnu qui venait de m’être légué deviendrait mon antre à moi. Mon jardin secret. Une place spéciale pour les vacances.

 

    Normalement, je ne devrais plus tarder à arriver. Je me demandais bien ce qui m’attendait. À la fois excitée et craintive. Je ne savais plus si cela était une bonne idée. Mais il était trop tard pour faire demi-tour. La nuit sur le point de tomber, je devais me trouver un abri. Ne connaissant point les lieux. Ne sachant point si j’étais en sécurité dans ce bois. Je me devais de trouver ce cadeau, ce dernier présent que m’avait caché mon père. Quitte à me perdre encore plus dans cette nature luxuriante.

 

    Au détour d’un arbre, une maison. Un chalet. Des souvenirs qui remontaient. Non ne me dites pas qu’il l’avait fait… Ce lac me rappelait tant de bons moments. Des instants de jeunesse où innocente je suivais mon paternel. Lui parlant de mes rêves. Lui expliquant que plus tard à la place de la petite cabane de bois minuscule, je construirais un beau chalet pour les écureuils et moi au pied de l’eau. Petite, innocente, naïve que j’étais. Des rêves plein la tête. Je m’amusais, dessinais cet endroit de repos près du lac. Tendant le dessin au père peu attentif. Du moins c’était ce que je pensais.

 

    Une larme qui roulait sur ma joue. Cela ne pouvait être qu’une illusion. Et pourtant. En me rapprochant, je distinguais de mieux en mieux le nom sur la petite boite aux lettres. Le mien « Max Valdrak, maison de l’écureuil, perdue dans la forêt ». Voilà ce qu’on pouvait lire de gravé dans le bois. Une nouvelle larme. Il l’avait fait. Je ne savais quoi dire. Moi qui voulais faire une pause. Prendre du recul. Oublier la famille et les souvenirs. Je plongeais la tête la première dedans.

 

    J’avançais. Doucement. Levant la tête vers la porte. Une feuille de papier abîmée tenue par un poignard dessus. Un nouveau sentiment s’ajouta au mélange déjà bien fourni. De la curiosité. Mais aussi de la peur en voyant quelques taches semblables à du sang. Pourquoi ? L’ignorant j’allais pour ouvrir la porte, mais rien, je me brûlais la main sur la poignée qui avait l’air enchantée. Craignant de ne subir les conséquences d’un nouveau piège, je ne sortis point ma stèle.

 

    Quelques pas. La main brûlée dans l’eau fraîche. Une fois sortie de l’eau, je la bandais. Ne sachant pas si une malédiction m’avait touché ou un simple sort de chaleur. Préférant opter pour la sûreté. À la manière des non initiés, je soignais cette blessure avant de m’approcher de nouveau de la porte. Lisant cette fois-ci la lettre auparavant ignorée.

 

« Minautore, poudre d’hydromel

Aventurier perdu, passe ton chemin

Xena la guerrière maudite te hantera

Il existe en ce milieu un mystère

Le trésor de l’animal souverain

Il est le seul à pouvoir l’ouvrir

Animal petit et rapide

Cette mission n’est pas des plus simples

Maison autour de laquelle 1001 pièges positionnés

Est celle de l’animal roux

Maintenant libéré de l’influence familiale

La clef de son ancre il doit trouver

Tienne dans son cœur

Je l’ai caché aux voleurs

Te diviser dans cette forêt

L’arbre siamois à trouver

Avais-je bien coupé l’objet en trois ?

Promis il n’y en a que trois

La seconde pour l’avoir

Clef de tiers dans l’eau prospère

Tu n’es pas mort, je l’espère

Trouveras-tu, descelleras tu les pièges

Car brulé, en morceaux ou mangé tu peux terminer

Intelligente et vive comme l’animal incarné

Tu devras te comporter

Es-tu assez agile pour trouver

Mon dernier au sommet s’est retrouvé

Petit discret dans le trou de la réserve

Écureuil de l’arbre marqué

Devenu grand plus de vingt ans tu peux entrer

Grand petit enfant si élu tu es les pièges ne pourront te toucher

 

Signé un initié noir et roux »

 

    Je frissonnais. Relisant encore et encore le texte sans queue ni tête. Qui avait bien pu l’écrire ? Qui avait piégé la maison qui semblait être la mienne ? Un bloc-notes sorti de ma poche. Je gribouillais quelques mots. Il me fallait cette clef. Je ne pouvais pas laisser un inconnu m’empêcher de découvrir le dernier cadeau de mon père. Mais l’auteur du mot était-il vraiment si inconnu ?

 

    Cherchant un message caché. Une autre signification à ce mot sans trop de sens. Je remarquais une référence non initiée me tapant à l’œil. Un mot, un prénom peu utilisé. Soudain le texte devenait clair d’un coup. La mise au point se faisait. Tandis que je découvrais ce mini message. Aux yeux de tous seul un fou pouvait avoir écrit ces lignes. Mais j’en avais trouvé le secret. A chaque changement se relevait.

 

    Je relevais la tête vers le ciel, où la lune prenait doucement place. Les yeux remplis, je retenais mes pleurs. Jusqu’au bout j’avais l’impression qu’il voulait que je me souvienne de lui. Pourquoi ne pouvait-il pas agir normalement pour une fois ? J’allais faire demi-tour. Ne voulant plus avoir à faire avec cet homme. Lettre au sol, je repartais vers la forêt. Bien décidée à trouver une place pour me reposer.

 

    Un battement d’ailes près de moi. La lettre de nouveau face à moi. Tenue entre les serres de Dream. Mon moyen duc. Mon ami. Libre de nouveau, il m’avait suivi. Et pour une raison qui m’échappait, il semblait vouloir que je rentre dans la maison qui était la mienne. J’hésitais. D’un côté je ne voulais point résoudre cette énigme écrite par un homme n’ayant plus toute sa tête et d’un autre rentrer au village de nuit ne me semblait point très judicieux.

 

    Un hurlement. Un loup. Ou plusieurs. Je reconsidérais alors l’option de la maison. Trouver trois pièces, cela n’était pas compliqué, si ? Moins dangereux que se retrouver face à des carnivores du moins. Enfin cela je le supposais juste. Car comme le disait la lettre des pièges se cachaient. Il me fallait donc être vigilante.

 

    Résignée à finalement résoudre à contrecœur la petite devinette, je me mis en quête d’un arbre siamois. Une rune de lumière lancée. J’y voyais maintenant mieux. La recherche plus simple pour mes yeux, qui la nuit ne voyait que peu. Je marchais à travers les arbres qui ne manquaient point dans les environs. Mais aucun ne correspondait à la description.

 

    Soudain, j’entendis derrière moi un grognement. Je me figeais à l’instant. N’osant plus bouger. Je tournais tout doucement la tête, pour apercevoir à ma grande surprise un animal à la mâchoire acérée qui avait l’air de vouloir de moi au diner. Je pris une grande inspiration puis partie comme un boulet. Zigzagant entre les troncs. Mais le quadrupède plus rapide ne tardait pas à poser ses pattes sur mes épaules me faisant basculer vers l’avant.

 

    Stèle hors de mes mains. Un mètre devant moi. Je n’avais pas beaucoup de choix. L’écureuil prit rapidement la place de mon corps. Et sans laisser le temps à l’animal de réfléchir, je gravis un arbre. Le premier que je vis. Une fois en hauteur, je m’assis soufflant un peu surtout lorsque je remarquais que le carnivore venait de repartir. La proie hors de portée. Il avait vite abandonné. Réaction assez étrange. Conséquence d’un piège sûrement posé par le poète.

 

    En faisant attention. Toujours sur mes gardes. Je descendis de mon perchoir. Me retransformant les pieds à terre. Attrapant ma stèle par la même occasion. En nettoyant vite fait mes affaires. Tête levée, je vis, incrusté dans le tronc que je venais d’escalader. Un morceau de ce qui semblait être une clef. En y regardant de plus près l’arbre. Deux troncs se séparaient de l’axe central. L’arbre siamois face à moi. Je remercie par la pensée cet animal affamé.

 

    À l’aide d’une rune d’attraction, je récupérais le petit bout. Et une fois glissé dans la poche, vers la maison je retournais. D’après les mots, je devrais le trouver à l’eau. Et d’après mon voyage le seul lac rencontré était celui au bord duquel se trouvait le chalet. Espérons juste que ce coin d’eau soit le bon.

 

    De nouveau près de la maison, je tentais tout d’abord de lancer un sort pour attirer vers moi l’objet caché. Mais que nenni ! Cela aurait été trop simple. Je roulais les yeux au ciel. J’allais devoir mouiller le maillot. Sweat sur le côté avec les chaussures et le jeans. Je fis apparaitre un masque de plongée avant de me jeter dans le lac.

 

    Eau froide. Glacée. Des frissons au contact. Bain de minuit improvisé. Dans quoi m’étais je embarquée ? Mais maintenant que j’avais commencé, je devais terminer. Trouver la deuxième partie de la clef. Cependant, un obstacle se dressait face à moi. Un gardien protégeait le morceau. Un animal marin, aux dents pointues bien visibles. Espérons qu’il ne me prendrait point pour cible.

 

    La tête à la surface je repris mon souffle. Un sort prêt à être lancé, je rejoignis les profondeurs. La bestiole se lança sur moi. Me mordant le mollet. Une rune. Des flèches qui s’en échappent. Elle me lâcha, et tomba de trois flèches dans le crâne logé. Bout de métal en main je retournais vers l’herbe. La morsure douloureuse m’empêchant de me lever. Ne connaissant point l’animal m’ayant attaquée, je tentais un dessin médical.

 

    Mais rien n’y fait. Vive la douleur semblait s’amplifier. Ne connaissant que peu mes sorts de soins, j’entrepris de bander la peau touchée. Espérant intérieurement qu’une fois la porte franchie, tous les soucis disparaitront. Il me restait seulement l’antre de l’écureuil à trouver. Un trou dans un arbre. Mais lui je l’avais repéré sur mon chemin avant de trouver cette maison.

 

    Je boitais alors vers le grand noisetier. Changée en animal roux, je rejoignis le trou. La réserve. Non sans mal. Une patte douloureuse, m’empêchant de courir. M’obligeant à bien faire attention à chacun de mes mouvements. Une fois à hauteur, point de pièges à ma grande surprise. Un simple mot autour du trou gravé « Bravo ma fille ». Une patte à l’intérieur, j’en sortis l’objet avant de retourner sur la terre ferme.

 

    Humaine de nouveau. J’avançais vers la porte. Doucement ma surement. La douleur s’étendant petit à petit. Une rune sur les trois bouts. Une clef. Une serrure déverrouillée. La porte enfin s’ouvrait. Laissant place à une magnifique pièce à vivre. Conviviale. Accueillante. Un endroit assez cosy. Des fauteuils. Un canapé. Des coussins de partout. Des pierres sur la droite, entourant une cheminée bien utile durant l’hiver. En remontant le regard, les yeux au plafond, des poutres apparentes.  

 

    Une table basse au centre où traine une fiole colorée ainsi qu’un petit mot. Je m’avançais. Manquant de tombée. Toute ma jambe paralysée. Sans réfléchir, ne sachant pas ce quelle pouvait contenir, j’attrapais le flacon et l’avalais d’un coup avant que le poison continu d’agir. Puis reprenant petit à petit mes esprits. La lettre en main assise sur le tapis je lis.

 

    « Ma chère fille, désolée de t’avoir fait subir cela, mais je ne voulais point qu’une personne autre que toi entre là. Lorsque tu m’avais dit que tu t’intéressais à l’instinct animal, je m’étais souvenu de l’image de ton totem. Misant sur un coup de poker. L’écureuil comme emblème j’ai construit le piège. Dans la fiole un antidote tu trouveras au poison du poisson. Ne t’en fais pas pour les pièges il n’y en avait point plus que trois, la poignée, le loup enchanté, et le sort de protection sur la maison. Mais une fois la clef tournée ils se désactivent par eux même. Je suis fière de toi. Et si tu me lis, c’est que je ne suis plus là. Je tenais à te faire un dernier cadeau avant que l’on me retrouve. J’y ai mis mes dernières forces. Prends bien soin de toi. Vis pour toi et respecte les autres. Ne deviens pas comme moi. Je ne suis plus là pour te protéger, mais je te sais maintenant assez grande.

 

    Je t’aime

    Maximilien »

 

    Des larmes. Encore des larmes. Moi qui voulais l’oublier. Je ne pourrais pas. Il était mon père. Un pilier. Un modèle. Et malgré ce qu’il a pu faire. Je savais que dans le fond, il restait celui que je connaissais. Je ne pouvais point lui en vouloir. Il cherchait juste à me protéger. En faisant les mauvais choix et en se complaisant dedans, il jouait consciemment avec le feu. Et il s’était brulé.

 

    Aujourd’hui seule dans cette maison je pleurais. Masque à terre. Les émotions se déchaînaient. Je pleurais ce père peu présent que jamais je ne reverrais. À qui je n’avais même pu dire au revoir. Père que je voulais effacer de ma mémoire. Mais une personne aimante toujours là malgré son absence. Paternel au passé noir conscient de ses erreurs. Il n’en restait pas moins protecteur. Essayant d’éloigner sa fille des dangers. Un être à la logique imprécise qui même pour sa fille était incomprise. Malgré son absence.