Jour 3 : Appât

    Tu marches. Tranquillement. Tu avances sur le chemin dessiné. Tu suis le tracé. Au bout, le but, le final, la conclusion. Tu t’en approches à ton rythme. Les mains dans les poches. Les yeux fixés sur l’objectif. Ne pas regarder à côté. Continuer sur ta lancée.

 

    Cependant, un papillon te coupe le chemin. Tu ne peux te retenir. Tu le suis. Les bras dans les airs à faire des gestes. Tu redeviens enfant. Courant après l’être ailé. Tu t’éloignes de la ligne. Tu t’en écartes. Un petit détour. Un simple petit détour…

 

    Un château. Quel beau château ! Et si tu le visitais ? Pas le temps d’attendre la réponse des pensées, te voilà déjà les doigts autour de la poignée. Tu ouvres grand la porte. Une magnifique salle de réception devant toi. Tu te surprends à chantonner une mélodie. Tu te mets à danser. Encore et encore. Puis la musique se fait de plus en plus difficile à entendre. Tu décides alors d’en trouver l’origine.

 

    Quand tout à coup, une voix résonne et te voilà de nouveau sur le chemin. Tu suis le fil rouge. Sur ton trajet, un village sur ta droite. Tu te retiens d’aller y faire un petit tour. Sur ta gauche, un lac, piquer une tête est très tentant. Tiens, un écureuil, et si tu jouais avec lui ? Où es-tu ?

 

    J’ai eu tort de penser qu’avec la quantité de tentation tu arriverais à suivre le chemin sans vague. Mais te voici à sauter dans l’eau. Tu rigoles quand des petits poissons viennent te chatouiller les pieds. Tu gardes le sourire malgré le fait que tu sois plus d’une fois tombé en voulant sortir. Tu réussis finalement à l’extirper hors de l’étendue d’eau.

 

    Un quelque chose te pousse de nouveau vers la route que tu ne fais que traverser pour aller te balader dans la forêt. Au nord, de cette forêt, tu te surprends à te perdre dans un village. Puis au loin, tu repères un champ de fleurs que tu décides de visiter. Mais que vois-tu ? Une grotte et son dédale de tunnels. Tu t’amuses alors à jouer dans ce labyrinthe loin de la voie.

 

    À la sortie du dernier passage, le sentier rouge t’attend. Tu souris. Tu avances serein vers le but. Vers la conclusion. Il est parfois bénéfique de ne pas suivre le chemin classique de la conversation et de se laisser tenter par les idées vagabondes. Ariane nous aidant à ne pas perdre le fil et à arriver au point final.

Jour 2 : Stupide

    Tu t’avances. De ton coin tu t’éloignes. Vers le centre, tu te diriges. Aucune hésitation. Tu ne sais pas bien ce que tu fais. Tu as juste une envie. Tu as juste envie de le faire. Tu te laisses guider par ton corps. Ton corps guidé par des pensées en vrac. Ou plutôt en rythme. La musique les entraîne. Comme si chacun des pas sur le sol résonnait en même temps que les notes de la mélodie.

 

    Ta main dans la sienne. Tu l’entraînes à ta suite. Tu ne la lâches pas. Alors une idée. Alors des pensées. De nouveaux mouvements. Tu changes de main. Puis tu la fais tourner. Tu rigoles avec elle. Tu joues avec elle. Vous profitez de la musique. Vous souriez ensemble. Une bulle vous protégeant. Deux personnes dansant ensemble. Deux âmes amoureuses vivant pour le moment.

 

    « Un joli collier, pour une jolie demoiselle ! »

 

    La phrase sort par elle-même. Naturellement. Prenant compte de tes mots, le rouge monte à tes joues. Tu tentes de continuer ta danse, comme si de rien n’était. Tu esquives les regards. Tu prends la couleur des pivoines. Mais la fin de la chanson approche. Le final pour bientôt. Tu essayes de ne plus penser aux mots envolés dans la musique. Tu te concentres…

 

    Une dernière passe. Une dernière note. Un penché pour clôturer l’instant. Tu la regardes. Tu te perds. Son regard. Des étoiles. Des milliers d’étoiles. Ils brillent de mille feux. Ils scintillent. Tu ne peux t’en détacher. Tu l’aides à se redresser sans quitter ses yeux. Tu es comme hypnotisée. Alors une pensée te traverse de nouveau l’esprit. Non, tu ne peux pas. Il y a trop de monde. Que penserait…

 

    Des lèvres contre les tiennes. Ce n’était peut-être pas le lieu. Les personnes n’étaient peut-être pas au courant. Mais le moment était parfait. Tu ne peux décrire ce que tu ressens. Tu ne peux l’exprimer. Tu es juste sans voix. Même ton esprit à l’habituel trop rapide ne sait plus vraiment quoi faire. Cela ne lui ressemble pas.

 

    « Allez faire cela ailleurs… »

 

    Une voix. Se détacher. Incompréhension. Pourquoi ne pas avoir le droit de s’exprimer ? Les quelques secondes ont semblé durer plusieurs minutes. Mais tu es sûre que cela fut bref. Trop bref à ton goût. Tu te trouves alors idiote d’avoir cru pouvoir exprimer tes sentiments sans retenue. Cependant, un regard t’amène à penser que la jalousie fait parfois dire des idioties.

Jour 1 : Boucle

    Tu avances sans but, tu erres. Tu ne sais plus où aller. Mais tu y vas. Nulle part ne l’est plus lorsque tu y poses le regard. Tu reconnais ce paysage. Une sensation de déjà-vu te prend. Elle t’entraîne tandis que le temps continue son chemin. Tu restes bloqué. Tu ne fais plus attention à la variable temporelle. Elle est devenue négligeable. Tu te concentres sur le spatial en remontant le chemin des souvenirs. Tu cherches au plus loin. Tu te souviens.

 

    Petit, tu venais ici jouer. Les parents jamais loin. Le bruit de l’eau qui danse. Les vagues qui balancent. Elles s’attaquaient à ton château. Tu étais si jeune. Le rire, ton plus grand atout. Ton sourire qui s’étend. Enfant innocent. L’eau ennemie de l’imaginaire.

 

    Adolescent, tu plongeais dans le ventre de Dame Nature. Tu nageais dans ses bras marins. Porté par le courant. Poissons valsant avec toi. Le calme tout autour. Sensation de repos. Petit dans l’immensité. Adolescent rassuré. L’eau, précieuse alliée.

 

    Adulte, tu dansais sur le sable. Partenaire dans les bras. Les pieds frôlant et jouant avec les vagues. Soudain, petit trou dans le sol. Une chute amortie. Des rires fendant l’air. Un sourire pour séduire devant ce paysage solaire. Le coucher de l’astre sur les flots. Adulte amoureux. L’eau témoin complice.

 

    Avec ta canne, tu avances. Le soleil laissant place à la lune. Ta mémoire vacille. Mais, les vagues se souviennent des rires et des peines. Elles emportent les larmes. Elles rappellent les souvenirs. Ta tête ailleurs, tu souris. Cheveux blancs. L’eau, mer de souvenirs.

 

    Une boucle comme un cycle. La vie avance. Elle tourne et retourne. Comme les vagues sur une plage d’été. S’amusant avec le destin. Le déjà-vu fait son malin.

Cauchemar et Examen

    L’antre des messagers, il y a peu, je l’avais quittée

    Dans la file d’attente, je me tenais

    Un examen nous était annoncé

    J’essayais d’oublier les événements passés

    Je devais rester concentrée

    Autour de moi des visages que je connaissais

    Mais seule dans mon coin je restais

    Je ne devais pas leur parler

    Si je commençais à discuter

    Le masque tomberait

    Il était fragile

    Ne tenait qu’à un fil

 

    Une élève venait de sortir de la salle de classe devant laquelle j’attendais mon tour. Un visage familier. Une personne qui avait tenté de m’aider. Mais là ne devait pas se porter mon attention. Encore une personne et c’était mon tour. Sortant de ma rêverie, je franchis le seuil. Fermant la porte derrière moi, je m’avançais vers le professeur. À ses côtés une armoire.

 

    Un souvenir remontait avec une mélodie. Une sensation de déjà-vu. Et là dans les mots du professeur je compris. Je devais oublier mes problèmes. Me concentrer sur le test. Une première partie pas des plus simples. Mais j’étais concentrée. Motivée. C’était juste un mauvais moment à passer. Stèle levée. J’étais prête…

 

    Ou pas.

 

    Un miroir. Un nuage noir. Une forme devant moi. Cette fois-ci aucune mélodie pour m’aider. J’étais seule face à cette silhouette masquée. Toute de noir vêtue. L’objet blanc. Immaculé. Sur le visage, le cachant. Le protégeant. Mes yeux, eux, étaient visibles. Un reflet d’une tombe…

 

    Crac.

 

    Le masque qui tombe. La peur me pétrifia. Pieds enracinés. Mon corps ne me répondait plus. Le visage de l’inconnu à découvert. Une personne connue. Un air dévasté. Des traits tirés. Nerf à vif à fleur de peau. Les larmes couvraient son visage. Mon regard dans le sien. Je ne pouvais pas l’ignorer. Ni ignorer les événements passés.

 

    Non !

 

    Je ne devais pas me reperdre dans mes pensées. Pas comme dans la volière ce matin où j’ai attendu en vain. Pourquoi étais-je ici déjà ? Autour de moi une salle de classe. Un professeur. Personne ne devait voir cela. Personne ne devait reconnaitre le visage de la silhouette blessée, perdue, seule, sans repère, sans pilier, sans famille. La personnification de l’abandon. De la solitude. De perte de l’être cher de l’être aimé. De sa seule famille.

 

    Non !

 

    Personne ne devait savoir à qui appartenait ce visage qui me regardait. Qui me parlait avec les yeux. Qui voulait que le masque, mon masque tombe. Mais il ne devait pas tomber, pas maintenant. Je connaissais la formule. Je savais qui il était. Je devais le faire partir. Avant que ma sensibilité transperce encore plus ma carapace. Ce n’était qu’un test. Pas une réalité. Une peur. Une illusion. Beaucoup trop réaliste. C’était le moment de lui dire adieu ou au revoir.

 

    Geste calme et posé. Un coup de main. Le sort s’en est allé. Il a réussi à la toucher. Cette personne qui hante mes pensées. Cependant je restais figée. La silhouette elle se transformait. Un ballet de feuilles multicolores. Une valse de la nature. Une nouvelle illusion. Douce. Réconfortante. Plaisante. Qui s’envola vers l’armoire comme portées par une brise imaginaire.

 

    Portes fermées. Je repris mon souffle. Mon cœur ralentissait petit à petit. Ce weekend, l’absence de réponse et maintenant l’examen de cauchemar. Je m’empêchais de toutes mes forces de craquer. Je devais réussir mon diplôme pour aller le retrouver.

 

    Je me tournais vers le professeur. Quelque chose avait changé. Je m’étais renfermée. Encore un peu plus. Je me cachais. Cachais ma peine et ma colère ainsi que ma peur. Mes faiblesses.

 

    – Quelle sera la suite du programme professeur ?

 

    Une voix toujours calme. Très légèrement tremblante. Est-ce qu’il l’avait remarqué ? Est-ce qu’il avait reconnu cette silhouette ? Est-ce qu’il avait vu que cette personne perdue fragile et exposée n’était autre que mon reflet ?

Une rencontre cauchemardesque

    Casque. Musique. Les notes se jouaient. Les paroles retentissaient racontant leurs histoires, traduisant des émotions et sentiments. Je marchais tranquillement au rythme du son dans mes oreilles. Rentrant de la bibliothèque, pendant un instant je ne fis plus attention au chemin que j’empruntais me laissant emporter par la mélodie douce qui se jouait dans mon casque. Tandis qu’une nouvelle chanson débutait, je me rendis compte d’une chose.

 

    This is the story of a White Knight, coming back from a long adventure…

 

    Perdue. Toujours et encore. Tourner à droite ou à gauche. Je ne trouvais plus mon chemin. Je marchais cherchant à m’orienter dans cette école. Des escaliers. Un couloir. Des tableaux tout différents, mais si familiers. En cette période de vacances, pas un élève n’était là. Pas une personne qui pouvait m’aider. Je déambulais dans ce labyrinthe. Mais avais-je vraiment envie d’arriver tout de suite à destination ? Devant moi une porte ouverte sur une salle de cours. Un élève ou un professeur était sûrement là. Je toquais à la porte tout en m’avançant.

 

    – Excusez-moi de vous déranger je me suis un peu perdue et…

 

    It’s been a long long journey
    Through the hills and the valleys
    He’d been everywhere around the world
    Trying to find the one he loved
    He fought a dragon, a few mermaids 
    Back home again it was all vain
    And there were voices in the park 
    He saw the Black Witch in the dark

    Intriguée par le spectacle face à moi je ne finis point ma phrase. Un grand miroir recouvert dans cette pièce remplie de banc vide. Je m’approchais malgré moi de l’objet. Quelque chose m’attirait vers ce cadre recouvert. Je ne contrôlais plus vraiment mes gestes. Je posai ma main sur le voilà et le retirai doucement. Rien. Personne. Il n’y avait rien ni personne. Aucun reflet. Un miroir vide. Cela n’a point de sens…

 

    He did not dare to look her in the eyes, for he knew it wouldn’t be very wise. 
    And she said:

    Au moment de tourner les talons, une fumée noire s’en échappa. Mon cœur s’emballe. Les yeux grands ouverts. Je commençais à perdre mon calme et à trembler. Qu’est-ce que j’avais fait ? Je reculais. La fumée s’épaissit. Je reculais encore. Elle prit petit à petit la forme d’une silhouette. Arrêtée par un mur, je ne pouvais plus faire marche arrière. Une grande silhouette noire se dressait devant le miroir et s’avançait vers moi.

 

    Here comes the White Knight once again
    I thought thee were lost, or maybe dead
    But it’s a good news cause I feel a little weak
    I’m going to steal your color, before I go bleak

    You shall not resist, it is useless
    No one persists, when he’s been cursed
    I already enchanted the one you adored
    I turned Lady Léa into the Black Widow!

    Un long manteau noir. Un masque blanc. Un masque se fissurait doucement à mesure que la silhouette se rapprochait. Au moment où je remarque le sourire dessiné sur le masque, je compris. Un sourire sincère en contradiction avec des yeux tristes et ce masque qui se fissurait et saignait. Cette personne. Cette silhouette ressemblait trait pour trait à celles qui hantait cauchemar depuis toute petite. Une personne perdue, seule, blessée qui tente de tout cacher derrière un masque de bonne humeur. Mais dans ses yeux ternes se reflétait la mort d’un être cher. Et dans ses yeux ce jour-là, je pouvais voir une pierre. Une tombe avec dessus le nom de mon père. Je tremblais de toutes parts.

 

    He couldn’t believe his ears
    And now he knew the end was near
    If she had really cast a spell
    It could be broken, they could be well
    He understood the last fight was coming
    Whether he killed her, or would be fading forever

 

    Perdue. Je ne savais quoi faire. L’image de ma peur était face à moi. La personnification de la solitude, de l’abandon, de la tristesse et de la perte de mon père, ma seule famille, la personne qui comptait le plus pour moi. Démunie. Une larme coulait le long de ma joue tandis que le masque se fissurait encore plus. Je pouvais voir la chair abîmée sous les morceaux craquelés. La personne se trouvait maintenant juste devant moi. Son bras s’approchant de mon visage. J’étais figé.

 

    His head rose, he looked at the Witch in the eyes, and said:

 

    Soudain la musique dans mes oreilles. De l’espoir. Une motivation. Ces notes retentirent comme un déclic qui me sortit de ma torpeur. Prenant mon courage à deux mains, tel le chevalier blanc face à la sorcière noire, je pris ma stèle. Je savais qu’au fond de moi qu’une telle personne ne pouvait pas exister. L’armoire. La peur. Je devais tenter quelque chose avant de reperdre mes moyens. J’avais lu beaucoup de livres et je pensais maintenant savoir ce qui se trouvait en face de moi. Je levai donc ma stèle et…

 

    I have been everywhere, don’t you call me a fool
    I have killed many monsters and I stayed cool
    I may look very young in my pale uniform
    But I slept with a goddess, danced in a storm
    Whatever you may say I won’t listen to you

    Le sort était lancé. Rune dessinée dans les airs. Un geste de la main pour l’envoyer sur la créature. L’effet fut immédiat. Les fleurs de toutes les couleurs couvrirent la robe terne. Le masque abîmé prit la forme de ce que l’on trouve à Venise. Tout coloré. Un arc-en-ciel. C’était le festival des couleurs. Un sourire sur mon visage. La peur n’était plus là, l’amusement avait pris sa place. Je ne pus m’empêcher de rire à la vue de cette peur tourner au ridicule. L’ombre noire avait laissé place à personnage loufoque multicolore à la démarche improbable.

 

    You can try all you tricks, there’s nothing you can do
    And the color that your wear doesn’t make who you are
    You should have looked in detail while you stood in the dark
    Where you see white, I see a rainbow!
Murmurais je en même temps que le chanteur.

 

    La silhouette recula dans le miroir que je m’empressai de recouvrir. Un soupir de soulagement. Mon cœur ralenti. Le calme était de retour. Je sortis de cette pièce. À nouveau dans ce dédale de couloirs, je me jurai à moi-même d’être un peu moins curieuse à l’avenir et peut-être faire un peu plus attention à ne plus me perdre. En attendant, j’errais toujours quand devant moi un professeur fit son apparition. Je le rejoignis. Au moins, je n’étais plus perdue tout du moins pour l’instant.

 

Musique : The Knight and the Witch, PV Nova

Jour 31 : Rondelle

    Les bougies étaient allumées sur la table. Le chandelier en son centre bien décoré ferait pâlir de jalousie un certain Lumière des contes pour enfants. Les serviettes d’un blanc éclatant pliées en de petits fantômes tandis que les oranges tendaient à ressembler à des citrouilles. Cela s’accordait bien avec la nappe où les squelettes dansaient la valse sur un fond noir couvert de roses. Tu avais opté pour un simple vase avec une fausse toile d’araignée faisant un pont de l’encolure à la table. Cependant tu n’avais pas mis de ces bestioles. Tu savais que l’invité n’apprécierait pas forcément.

 

    Une fois satisfait de ta présentation, tu t’attaquas à celle des plats. Il ne te restait plus beaucoup de temps avant son arrivée. Tu faisais ton possible pour que tout soit au mieux. Tu avais même appelé en urgence ta grand-mère pour qu’elle te fasse part de ses conseils sur la façon de cuisiner la viande choisie et sur les légumes à choisir pour l’accompagner. En ce qui concerne le dessert, tu avais joué les bons élèves en piochant la recette dans un livre qu’on t’avait offert quelques années plus tôt et après deux tentatives tes petits gâteaux semblaient mangeables.

 

    Toc. Toc.

 

    L’heure sonnait tandis que tu t’empressas d’ouvrir la porte. Chemise noire dans le thème et quelques mèches teintes en blanc dans le style décoiffé habituel. Halloween en élégance pour une personne spéciale qui après une brève salutation te tendit un petit paquet. Tu l’ouvris sans plus de formalité et un sourire t’éclaira. Un nœud papillon, un élément que tu avais oublié et qui ne t’attarda pas à l’enrouler autour de ton cou.

 

    Tu l’abandonnas une seconde pour revenir avec les cocktails. Deux grands verres aux couleurs du jour avec sur le côté une rondelle de carotte découpée et sculptée avec soin, rappelant le sourire édenté du légume dans l’entrée. L’invité rit à la vue de la petite touche. La soirée commençait bien. Tu espérais que cela allait continuer. Des bonbons ou un sort ? La question ne se posait plus. Tu venais de te faire ensorceler.

Jour 30 : Choc

    Tu discutes. À la fois avec l’enfant puis avec l’adulte. Une discussion silencieuse. Un seul regard suffisant à se comprendre et dans les yeux des reflets, tu peux voir les souvenirs qui défilent. Tu as l’impression de devoir faire un choix. Mais la décision n’est pas la tienne. Quelqu’un a déjà trouvé la solution pour toi depuis longtemps et cette personne est le temps.

 

    Certains disent que les dix-huit sont comme un choc, une prise de conscience. Pour toi cela a été les vingt et un balais. Ce moment où tu entres totalement dans la deuxième décennie. Cet âge où tu commences à parler d’expérience. Certes, tu n’as pas vu beaucoup, mais tu peux aider les plus jeunes. Tu oublies doucement le temps des cours de récréation. Mais au fond de toi, tu gardes et tu chéris l’enfant. Un adulte avec une âme d’enfant voilà comme tu te définis si on te demande de le faire. Mais au fond de toi, tu sais que le nombre de bougies sur un gâteau ne représente pas grand-chose. Le plus important est de savoir au fond qui on est et les âges qui défilent ne sont qu’un simple chiffre à poser sur des documents. Certains appartiennent par l’année à une génération, mais par les goûts à une autre. Mais qui sommes-nous pour les mettre dans une case ?

Jour 29 : Double

    Devant le miroir, l’enfant est debout. Il scrute avec attention la surface. Comme s’il cherchait un détail. Comme s’il cherchait une réponse. Il s’observe du haut de ses cheveux en bataille jusqu’au sol où sont posés ses pieds couverts de chaussettes à motifs dépareillés.

 

    Dans son examen de lui-même, une voix vient le déranger. L’adulte parle. L’enfant ne l’écoute pas. Le plus grand se rapproche. Derrière le petit il se tient actuellement. Il se regarde à son tour. La chevelure lui donne l’air de s’être battu contre les éléments avant de venir. Une chemise unie sur un simple jean. Et à l’image de l’enfant, des rayures non assorties couvraient les pieds.

 

    L’enfant relevant les yeux vers le regard au-dessus de lui. Deux émeraudes très légèrement ternis. Quand l’adulte fait de même il découvre alors deux lumières vertes pétillantes d’énergie et de questions. À l’une de ses questions, l’aîné sait répondre. Mais il préféra donner simplement un indice. Il déboutonne alors son col et laisse entrevoir une petite forme animale autour du cou. Le petit détache son regard des deux reflets dans la glace pour observer celui à ses côtés. Il n’a qu’une chemise ouverte sur un T-shirt, de derrière ce dernier il sort un petit pendentif. Identique à celui de l’adulte.

 

    Un temps passé à l’observation.

 

    Puis enfant et adulte tournent la tête vers le miroir. Une seule figure en son centre. Comme une seule personne devant l’objet. Jeune adulte, mi-enfant, mi-adulte.

Jour 28 : Cadeau

    L’enfant semble affolé. Il ne sait pas quoi faire. Il organise l’anniversaire d’un ami, mais avec tous les préparatifs, il en a oublié son cadeau. Le petit tourne et vire dans sa chambre. Il ouvre les tiroirs à la recherche d’idées. Il n’a plus qu’une heure avant le début de la soirée. Il finit par se poser à son bureau, notant sur un papier tout ce qui lui passe par la tête. C’est alors que l’ampoule s’éclaire.

 

    Il court dans la chambre de sa sœur. Il fouille un peu et finit par trouver les papiers de couleurs qu’il cherche. Il descend dans la cuisine et retourne les placards. Il s’attaque alors au garage. Au fond de ce dernier, il trouve son bonheur et demande juste la permission avant de remonter avec son butin. Il ne lui reste pas beaucoup de temps. Il découpe les papiers, étale les stylos et commence à noter. Des phrases gentilles. Des citations. Des paroles de chansons. Des histoires vécues. Des dessins. Il continue ainsi jusqu’à ce que le pot soit rempli. La multitude de couleurs des petits papiers lui fait penser à des confettis. Il est satisfait de lui. Un cadeau unique qui pourrait redonner le sourire à son ami quand il serait un peu triste. Un pot à couleurs. Une fiole colorée dans la réalité.

Jour 27 : Tonnerre

    Il court. L’enfant court de toutes ses forces. Il court à en perdre haleine. Il court jusqu’à ce que ses jambes se dérobent. Il vient de trébucher. Il se retourne haletant pour vérifier quelque chose et tente de se relever. Il glisse sur un caillou et tombe de nouveau sur le sol. Un nouveau coup d’œil derrière lui. Le bruit se rapproche. De plus en plus. Il l’entend tout près de lui. Le petit essaie de nouveau de repartir, mais il n’y arrive pas. Sa cheville lui fait trop mal. La forme sombre est juste là. Juste à côté de lui. Il ne veut pas la voir, mais ne peut pas s’empêcher de la regarder dans les yeux. Des yeux rouges comme les taches sur sa blouse. Les manches trop grandes cachent les mains de cette silhouette toute en longueur. Une tache blanche et pourpre au milieu de l’obscurité. Une forme qui se rapproche dangereusement. Elle lève un membre. Le jeune est tel un animal apeuré le reflet de la peur dans les yeux. Le bras s’abat sur…

 

    Un bruit sourd.

    Le réveil.

    Brutal.

 

    Haletant, l’enfant a du mal à reprendre son souffle. Il vient de faire ce même cauchemar qui le hantait à chaque période d’Halloween. Mais cette fois-ci le tonnerre l’a réveillé avant que la situation n’empire. Il y a des jours comme celui-là où le petit aime bien l’orage.