Jour 16 : Anguleux

    L’enfant se trouve face à un dilemme. Gauche ou droite. Il ne sait pas où aller. Il attend que l’adulte qui l’accompagne lui montre la voie. Le plus grand demande au petit s’il a une préférence. Ce dernier hausse les épaules et sourit en lançant un « comme tu veux » dans les airs. Il n’aime pas beaucoup choisir. Surtout lorsque le choix est arbitraire comme ici. Droite ou gauche cela importait peu finalement.

 

    Direction la gauche, l’enfant se demande ce qu’il aurait vu s’il avait choisi la droite. Peut-être que les paysages auraient été différents. Peut-être qu’un village l’attendait au bout de ce chemin. Ce n’est pas grave. L’aventure continue. Mais déjà une nouvelle question. Midi sonne à la porte. Les deux voyageurs commencent à avoir faim et le plus âgé demande son choix au second. « Comme tu veux ». Le premier fronce un peu les sourcils et finit par prendre la décision une fois de plus. Il avertit son cadet que c’est son dernier joker.

 

    Le repas se passe pour le mieux, mais vient le moment du dessert. En prendre ou ne pas en prendre. Il faut de nouveau décider. Un regard du plus ancien. Un « comme tu veux » presque instinctif de l’enfant. Puis une main sur la bouche. La fois de trop. L’indécision a encore frappé. En rentrant à la maison, il serait au coin. Une règle imposée par l’adulte pour que le petit décide plus souvent de sa route sans se reposer sur les autres. Mais surtout pour qu’il s’exprime sur ses propres goûts et envies.

Jour 15 : Faible

    « Je suis trop faible. » Tu ne l’es pas. Les autres peuvent te le faire sentir, mais ce sentiment n’est pas le tien. Tu es loin de l’être. Tu as peut-être tes petits moments de mous, mais cela ne diminue en rien ta force. Elle est là. Au fond de toi, elle est plus grande que tu ne le crois. Elle grandit dans les rêves. Elle se renforce dans les erreurs. Elle s’endurcit avec la vie. Cependant elle ne disparaît pas.

 

    Tu as comme ton voisin ce quelque chose à l’intérieur qui te rend unique. Tu le chéris. Tu souris et tu repenses à tes amis. Tu sais que si un jour ta force fatigue. Si a un moment le monsieur positivité est aux abonnés absents. Tu sais sur qui tu pourras compter à cet instant. Il y en aura toujours un pour te faire un discours que tu refuseras d’entendre sur le coup. Un pour venir te voir. Tu n’es pas seul. Tu n’es pas faible. Tu es juste toi. Et la faiblesse ne te définit pas. On a tous des fragilités dans nos barrières, mais cela ne nous empêche en rien d’avancer toujours un peu plus sur le chemin que l’on s’est choisi malgré les obstacles de la vie.

Jour 14 : Horloge

    Marcher sur les rochers. Esquiver les fleurs. Sauter un peu plus loin. Courir en faisant attention. S’écarter de plus en plus du sentier. L’enfant est attiré par le rivage. Il cherche toujours à aller plus loin. Comme s’il était le premier à découvrir le lieu. Dans sa tête c’est le cas, il est l’aventurier de sa propre histoire. Il rit. Il s’émerveille devant la beauté naturelle. La nature en seul maître des lieux. L’eau en tant que gardienne de l’île. Il ne regrette pas d’avoir patienté sur ce bateau. Le regard fixé sur la grande aiguille, répétant « tic tac » en espérant pouvoir la faire avancer plus vite. Le voici maintenant devant l’immensité.

 

    Il s’arrête de bouger. Le soleil commence sa descente, mais un rocher cache sa vue. Il se met alors en tête de l’escalader. Il grimpe. Toujours plus haut. Il ne veut pas louper ce moment. Il continue son ascension alors que ses jambes commencent à le lâcher. Il s’est un peu tordu la cheville, mais ce n’est pas grave. Ce paysage en vaut la peine. Il a un peu mal, mais la douleur s’efface à mesure que l’astre du jour se voile. Ses couleurs changent. Le dégradé est magique. Le petit homme s’assoit en tailleur au sommet de sa petite montagne. Il est comme hypnotisé.

 

    Le vent caresse son visage. Il remonte son écharpe. Il lui effleure les oreilles. L’enfant visse son bonnet sur sa tête. Il rabat sa capuche avant que l’être le chatouille de nouveau. Il observe l’horizon. Et pour une fois il ne se pose plus de questions. Il est juste là. À profiter de l’instant et du paysage face à lui. Au loin il entend que bientôt il devra rentrer. Il recommence alors à murmurer des « tic tac » le plus lentement possible. Il espère qu’ainsi l’horloge du temps ralentira le laissant admirer ce moment juste quelques minutes de plus.

Jour 13 : Protégée

    Une sensation de vide. Les larmes qui commencent à monter comme les souvenirs dans tes pensées. Celles-ci se ternissent tandis que ton regard devient flou. Tu ne laisses rien paraître. Tu t’excuses poliment et tu vas faire un tour dans une autre pièce. Mais toutes sont déjà occupées. Tu rassures tes amis. Tu leur dis que tu veux juste prendre un peu l’air et en profiter pour faire une course. Tu enfiles alors tes chaussures et une fine veste avant de laisser la grande porte de l’entrée se refermer derrière toi.

 

    Cependant tu ne vas pas beaucoup plus loin. Une pierre devant toi te semble bien. Tu t’y assois et là tu relâches les barrières. Juste l’espace d’un instant. Tu as ce souvenir qui revient. La date n’y est pas étrangère. Tes genoux viennent se coller contre ta poitrine. Ta respiration est un peu saccadée. Tu tentes de la reprendre, mais c’est compliqué.

 

    À ce moment-là tu sens une aura autour de toi. Des bras t’encerclent avec douceur. Une tête se colle à côté de la tienne. Tu te laisses légèrement tomber en arrière contre cette étreinte qui t’accueille dans une zone de sécurité. Elle est là pour t’aider. Te protéger. Elle ne dit rien. Il n’y a rien à dire. Et, après quelques minutes, les esprits reprennent leur place et le flot de larmes diminue. La respiration retourne à la normale. Tu fais alors demi-tour pour rendre… lui rendre son câlin. À elle qui t’avait accueillie dans sa bulle de protection.

Jour 12 : Baleine

    À l’abordage, mon capitaine, la terre est en vue. Vite, le trésor est à porter.

 

     Deux moussaillons sur un bateau. Deux capitaines voguant sur l’eau. L’océan n’est pas des plus tendres en ce jour. Calypso aime jouer avec les âmes perdues.

 

    À tribord ! Attention on nous dépasse !

 

    Sur le côté, un autre vaisseau dépasse les deux voyageurs. Derrière lui un sous-marin ressemblant beaucoup au Nautilus. Puis soudain, l’un des deux panique.

 

    Mon capitaine Moby nous rattrape.

 

    La grande baleine blanche n’est plus très loin de l’embarcation. Elle se rapproche dangereusement. Mais au moment où elle allait arriver à sa cible, elle fut dépassée par un vaisseau spatial et une montgolfière.

             

    Tout à coup, le monde fut comme stoppé. La mer disparut pour laisser place au plancher d’un carrousel un peu abîmé par la vie. Les enfants et leur imagination faisaient vivre ce lieu et de magnifiques histoires prenaient forme en quelques tours de manège.

Jour 11 : Cruel

    Caché dans la nuit, le prédateur guette sa proie. Il se dissimule aux regards des autres pour mieux surprendre sa victime. Il se délecte de cette expression de panique et de peur qui se peint sur le visage de ses cibles. Il a le regard luisant dans la nuit. Il attend patient. Attentif aux moindres bruits, il a l’oreille tendue. Il est à l’affût du moindre son.

 

    Attention, des pas se rapprochent. Une ombre se distingue. Toujours derrière son rideau il est invisible aux yeux de l’innocence. Il s’ancre dans le sol. Prêt à bondir. Encore quelques secondes…

 

    Il attrape la cheville à portée de griffes. Il joue les méchants, les cruels, mais le petit animal domestique n’arrive qu’à faire légèrement sursauter l’ami de son maître et faire rire ce dernier.

Jour 10 : Fluide

    Tu l’écoutes. Cette douceur qui t’entoure. Elle te charme. Ce calme si doux et si paisible. Un simple bras d’eau, t’arrivant à peine au mollet, fait entendre sa voix. Tu le suis les pieds sur les galets humides. Tu remontes doucement son cours tel un poisson nageant à contre-courant. Pourquoi toujours suivre celui qui nous est indiqué ? Pourquoi ne pas faire sa propre voie ? Un chemin unique avec des virages dans un sens, des demi-tours, des montées, des descentes… Chaque pierre est différente. Chaque personne poursuit sa propre route à travers la vie qui défile et qui file. Et toi tu suis la tienne en marchant dans ce morceau d’eau.

 

    Curieux tu entends un bruit qui vient troubler ton calme. Tu ne l’as pas remarqué plus tôt. Tu t’approches alors de la source que la curiosité te pousse à découvrir. Et, un peu plus loin, tu entres dans une grotte, l’eau monte doucement, le bruit augmente comme un écho. Tu décides de rejoindre les pierres sèches avant de te retrouver totalement trempé.

 

    Tu remarques une lumière un peu plus loin. Tu la rejoins à ton rythme. Un pas après l’autre. Puis tu passes la tête dans cette nouvelle pièce pour découvrir un grand lac. Les reflets du ciel sur l’eau et une cascade dans le fond. Tu n’en crois pas tes yeux. Tu restes sans bouger sans rien dire. Tu graves cette image dans tes souvenirs.

Jour 9 : Précieux

    Des compliments. Des sourires. Des regards. Des petites marques d’attention à attraper au vol. Chacune a une couleur qui lui est propre. Chacune a une teinte unique. Complète ta collection de peinture. Des fioles plus ou moins grandes à garder précieusement. Tu stockes un maximum de réserve de ces douces potions arc-en-ciel. Puis, au moment venu, lorsque le tableau sera teinté de gris, lorsque les pensées perdront de leur état, tu n’auras qu’à ouvrir une de ces précieuses. Libérer ce souvenir de bonheur coloré pour qu’il atterrisse comme une petite marque qui redonne vie à ce dessin trop sombre. Comme une lumière dans un château attaqué par l’obscurité. Même un simple sourire peut illuminer une journée qui tend vers le noir. À toi de les récupérer lorsque les autres te tendent ces fioles et de les protéger pour pouvoir faire naître la couleur dans les endroits gris.

Jour 8 : Etoile

    « Quand on prie la bonne étoile, la fée bleue secoue son voile… » Des paroles de chansons. De simples paroles, mais que signifient-elles vraiment ? Comme cette phrase populaire : « Il faut croire en sa bonne étoile ». Est-ce une étoile ou une fée ? Parle-t-on toujours de l’astre dans le ciel qui brille d’une intensité sans égale depuis des centaines d’années ? A ces questions, peu de réponses, juste une tentative, d’une plume un peu maladroite et rêveuse.

 

    L’étoile qui nous guide et qui nous éclaire la nuit n’est pas forcément celle que l’on pense. Elle est là sans être là. Toujours dans notre cœur, un être cher présent, peu importe la distance et le temps. Des souvenirs gravés dans la mémoire du ciel qui se matérialise en des centaines de points lumineux à la tombée du soleil. Levons la tête lorsque la nuit est là, observons apparaître et disparaître chaque jour ces touches de blanc sur cette toile un peu nuageuse parfois. Et même si le ciel s’obscurcit et que les astres du soir ne sont plus visibles, il ne faut pas oublier que le jour, une étoile veille toujours sur nous. Et même si celle-ci est hors de vue, en soi la mémoire scintille. Sourions et portons cette étincelle pour aider à éclairer les chemins les plus sombres autour de nous.

Jour 7 : Épuisé

    Tu danses. Tu danses dans cette grande salle. Un plancher marron, en accord avec ton nœud papillon. Des miroirs sur l’un des murs, cela t’oblige à te tenir droite. Tu fais aussi des grimaces pour faire sourire le reflet. Tu t’amuses. On dirait un enfant qui bouge avec le rythme et une amie. Vous êtes deux. Vous rigolez. La musique s’accélère. Vous tentez de la rattraper. Elle prend de l’avance, elle vous distance doucement, mais vous refusez de vous avouer vaincues. Alors les mouvements s’adaptent. Les bras s’emmêlent et se démêlent. Les pieds marquent les temps. Puis un pas glissant pour rattraper la cavalière qui tombe en tournant. Vous ne faites pas vraiment attention aux personnes autour de vous. Vous entendez la fin arriver. Encore… Un petit peu… Un petit effort… Un dernier tour et voici le final. Vous soufflez un grand coup. Elle te saute dans les bras. Un câlin bien mérité. Tu t’es bien amusée, mais tes jambes ne te portent plus. Tu es épuisée. C’était peut-être un peu trop rapide pour toi.

 

    Mais à peine posée, tu reconnais les quelques notes. Tu lances un regard dans la pièce. Ton pied droit commence à bouger sans permission, tapant le sol en accord avec les notes qui te font vibrer. La personne de la chanson n’est pas là. Tu vas pouvoir te reposer. Mais tu as peut-être pensé trop vite. Une tête vient de franchir l’encadrement de la porte. Tu la connais bien cette frimousse qui s’avance. Elle te fait signe de t’approcher. D’un air théâtral, tu signales ton envie de repos cependant ton corps te trahit. Elle mime alors une corde et t’attrape au lasso. Tu n’as plus le choix. Et malgré la fatigue qui te crie de rester calme juste le temps d’une chanson. Malgré ta conscience qui te dit qu’il serait mieux de ne pas danser de nouveau aussi vite. Tu te laisses saisir par ta nouvelle partenaire et la mélodie. Main dans la main vous dansez. Tu te reposeras plus tard. Tu ne peux pas ne pas bouger sur cette chanson. Tu tomberas peut-être d’épuisement à la suite de celle-ci ou de la suivante ou peut-être celle d’après encore. Mais tu t’amuses. Tu profites de la vie et de la musique. Tu t’éclates. Tu oublies les petits tracas. Tu t’évades le temps d’une séance de rock. Tu te dis alors que la curiosité à bien fait de te piquer il y a trois ans. Déjà trois ans que tu apprends, tu découvres, tu t’amuses dans cette salle. Tu partages. Tu ris. Tu vis tout simplement. Allez, un pas de côté, le penché, un sourire gravé…