Un lutin discret

    Il était une fois, dans un petit village un peu perdu, un lutin. Vous vous demanderez peut-être que fait un lutin par ici. Je vous répondrais alors que le village dans lequel se déroule notre histoire n’est pas un village ordinaire. En effet, ce dernier est assez reculé, loin des grandes villes, loin des intrus, loin des curieux. Seuls les habitants le connaissent. Ils sont les seuls à savoir comment s’y rendre, quel est le passage secret permettant d’accéder à ce petit coin isolé autour d’un océan de blanc. La neige tout autour du groupement de maisonnettes. Des sapins. Du blanc et du vert à perte de vue. Vous imaginez le village des contes d’antan ? Celui où habite un homme vêtu de rouge à la longue barbe blanche ? En imaginant ce village, vous vous rapprocherez de la réalité. C’est dans ce lieu que notre histoire prend place.

 

    Un jour, un petit lutin, un peu plus petit que les autres. Un lutin discret, au bonnet tombant sur le côté, qui ne parle pas beaucoup. Il est curieux, mais timide à la fois. Petit cœur jaune brodé sur le gilet en guise d’écusson. Il fait partie des lutins qui distribuent les sourires. Cependant, il ne se sent pas très à sa place sur le devant de la scène. Il préfère être en retrait. Agir dans son petit coin. Alors quand son équipe de lutin intervient, il est le seul que l’on ne voit pas. Il dépose des petites fioles de couleurs puis il repart. Comme s’il ne voulait pas que l’on sache que c’est de lui. Il aime apporter une petite touche de douceur aux humains. Mais depuis quelque temps une autre idée lui trotte en tête. 

 

    Il se demande pourquoi l’on cherche à apporter des sourires aux humains, mais pas au centre du village. Pourquoi certains lutins sont tristes ou en colères ? Pourquoi l’on ne leur apporterait pas à eux aussi une petite touche de douceur ? Il réfléchit plusieurs jours à comment faire. Il observe les autres lutins au travail. Il cherche sans un mot qui pourrait l’aider. Mais il a peur. Sans trop savoir pourquoi. Peut-être peur qu’on le trouve un peu bizarre. Puis la période des fêtes arrive. Il décide donc de se jeter à l’eau. Il se mêle aux lutins de l’atelier pour y récupérer du matériel. Il se dissimule parmi les poètes pour piquer quelques papiers à lettres. Il enfile de nouvelles couleurs pour aller voir les artificiers et leur dérober des pigments.

 

    Tout son matériel récupéré, il commence la construction d’une boite aux lettres avec un système de fermeture un peu spécial. Seul lui pourra l’ouvrir. Il ne voudrait pas que les lettres se perdent. Il décore alors avec les couleurs la boite en bois, avant d’y déposer sa plume. « Boite à douceur » il sourit. Il aime bien cette idée. Mais au moment de sortir au milieu de la nuit pour installer son objet près de la grande place, la peur revient. Est-ce que cela est finalement une bonne idée ?

 

    Assis sur le seuil de sa maisonnette, boite à ses côtés, il se questionne. Mais un lutin de la fête passe à ce moment-là. L’interrogeant sur sa création. Notre héros lui raconte alors son idée des petites étoiles dans les yeux. Le festif lui demande alors un morceau de papier. Sans trop comprendre, le petit lui tend avec une plume. Le plus âgé sourit puis en prenant appui sur la construction, il se met à déposer quelques mots sur le papier avant de le plier et le glisser dans la boite. Une main qui ébouriffe les cheveux non couverts par le bonnet, il est reparti. Cela fut suffisant pour que la peur du petit reparte. Il part alors installer la boite, avant de retourner se coucher.

 

    Lecteur curieux que vous êtes, vous vous demandez peut-être ce qui s’est passé au matin. Laissez-moi vous le conter. Notre petit lutin n’a pas pu s’empêcher après son travail d’aller voir sa boite à douceur. Il est un peu nerveux quand il tourne dans la rue direction la grande place. Il s’inquiète quand il voit plusieurs personnes rassemblées. Son cœur se met à battre un peu vite quand il remarque qu’elles sont l’emplacement de sa création. Il accélère alors le pas. Sans écouter la conversation, il se faufile pour vérifier l’état de l’objet en bois. Mais il s’arrête surpris lorsque ses yeux se posèrent sur les lettres qui débordent. Une main sur son épaule le réveille. Le lutin de la nuit dernière lui confie qu’il en a parlé au travail et que la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre.

 

    Le petit sourit, il se demande pourquoi il n’a pas fait une boite plus grande. Alors il commence à la vider quand une personne l’interpelle. Un lutin poète tient en ses mains plusieurs lettres liées avec un fin ruban. Toutes adressées à une même personne. Un lutin qui n’est pas sorti de chez lui aujourd’hui. Il sera donc le premier à recevoir ses lettres. Le héros récupère le petit tas et file chez lui y déposer les lettres à trier. Il s’en occupera après.

 

    Il enfile son plus beau bonnet, même s’il est un peu grand, qu’il tombe aussi sur le côté, mais il ne peut pas y aller avec un vieux bonnet à clochettes. Il faut être discret pour que la surprise ne soit que plus belle. Un pompon fera bien l’affaire. Il ajuste son gilet. Rédige à son tour une petite lettre et glisse le tout dans un faux livre. Il emballe le cadeau et ressort.

 

    Il marche dans les rues un sourire aux lettres, mais un peu anxieux aussi. Et si cela ne lui plaisait pas ? Il chantonne un chant de Noël pour se rassurer. Il s’approche de la maisonnette du destinataire et toque doucement à la porte. On lui ouvre. Sans un mot, il tend le paquet, le rouge aux joues, le regard fuyant. Il entend les déchirements du papier. Puis la surprise du lutin face à lui. Quelques pages se tournent, les lettres maintenant découvertes, il tourne des talons. En continuant sa chanson. Il s’éloigne. Sourire aux lèvres. Il reste encore des lettres à trier. Mais ce soir-là, il ne fait rien de plus que chanter.  

 

    Pendant ce temps-là, le lutin ouvre une à une les lettres. Il en découvre les mots. Lecteur vous êtes un peu curieux, non ? Mais peut-être que ces lettres vous sont destinées après tout. N’êtes-vous pas ce lutin en question ? L’auteur de ses mots n’a pas de bonnet à pompon, mais il n’est pas bien grand. Il vous dépose par ici ces quelques mots en vous souhaitant de joyeuses fêtes…

Un lutin douceur

    Il était une fois, un petit lutin qui avait pour mission de récolter les vœux. Il parcourait le monde, attrapant au vol les souhaits des rêveurs avant qu’ils ne s’échappent dans les cieux. Il rendait ainsi les miracles de Noël possible, apportant aux lutins artisans des idées qu’ils ne trouvaient pas dans les lettres adressées à l’homme à barbe.

 

    En effet, certains étaient timides et n’osaient pas demander l’objet qui les intéressait le plus. Alors, il fallait que certains lutins viennent à eux pour capturer dans leur dos ces idées qui leur tenaient à cœur. Parfois il était assez simple de satisfaire le vœu d’un enfant, mais parfois il fallait redoubler d’imagination, comme ce jour-là. Laissez-moi, vous raconter l’histoire d’un souhait un peu spécial.

 

    Une nuit, notre petit lutin se baladait en ville. Il observait les lumières des rêves avant de noter ceux qui l’intéressaient pour sa mission de décembre. Il aimait bien cela. Chaque lumière avait sa petite touche à elle et le petit se plaisait à imaginer les humains se cachant derrière elles. Cependant, une de ces sources de rêves avait une couleur étrange. Il ne l’avait encore jamais vu. Il fallait dire qu’il était encore un peu nouveau. Il ne connaissait pas toutes les nuances de rêves sur le bout des doigts.

 

    Il s’approcha pour voir ce qui se passait. En se rapprochant, il sentit quelque chose le prendre. Comme s’il se retrouvait attiré par le rêve. Il comprenait maintenant pourquoi il était interdit de toucher l’aura autour d’un humain. Mais il ne put résister. Il fut alors transporté dans le rêve de cette personne. Il vit un avion. Une autre personne qui salue de la main. Puis un écran avec cette même inconnue dans l’écran. Il entendit alors une petite voix. Une toute petite voix qui semblait venir du fond du cœur. Cette petite voix paraissait vouloir faire passer un message. Mais malheureusement, le petit lutin n’entendit pas cette demande. Il se retrouva exclu du rêve et des lettres se dessinèrent sur son cahier de souhaits. « De la douceur pour elle »

 

    Comment offrir de la douceur ? Notre petit se l’était beaucoup demandé. Il doutait de pouvoir réaliser ce vœu. Ce n’était pas quelque chose que l’on pouvait fabriquer. Ni quelque chose que l’on pouvait attraper. Non, lui fallait trouver un autre moyen.

 

    Alors, durant quelques jours, il se faufila parmi les humains alors que le soleil était haut dans le ciel. Seuls ceux qui croyaient à l’homme rouge pouvaient le voir. Il tâchait donc d’esquiver les enfants. Suivant de près cette personne. Il voulait simplement comprendre ce qu’entendaient les humains par « douceur ».

 

    Puis après un petit temps, il eut l’idée qu’il attendait. Piquant quelques affaires aux villages, il retourna en ville, mais cette fois-ci pendant la nuit. Il retourna chez cette personne qui avait formulé le souhait. Il savait qu’elle ne pourrait pas le voir sauf si… Il toucha pour la seconde fois l’aura des rêves et entra dans celui de l’humaine. Cette dernière fut bien surprise cette fois-ci de voir arriver un petit être au bonnet à clochettes.

 

    Le petit lui expliqua qu’il avait une idée, mais pour cela il avait besoin d’elle. Il lui tendit un carnet et un stylo. Lui laissant un temps avant de ressortir du rêve sans un regard vers le papier dans ses mains. Il avait encore quelques personnes à aller voir. Cette nuit s’annonçait très longue…

 

    Alors qu’il venait de récolter le dernier mot. Le petit se dirigea vers la maison de la personne, non pas à l’origine du souhait, mais sa destinataire. Il déposa sur son bureau le livre bien rempli. Puis juste avant de partir il apposa quelques mots fatigués de cette longue nuit. Quelques mots de « douceur ».

Vacances mouvementées

    Les vacances. Enfin pouvais-je appeler cela des vacances sachant que je ne travaillais pour personne ? Je ne devais de compte qu’à moi-même, mon propre patron. Avant de continuer à mener mon enquête, je m’étais décidée à partir en balade. Pour me détendre, ne pas penser pendant quelques jours à ce qui pouvait m’attendre. Replonger ainsi dans l’innocence de l’enfance. M’émerveiller devant des paysages, tous plus beaux les uns des autres. Me détacher du passé.

 

    Il fallait dire qu’avec ce que j’avais découvert il y a quelques jours en France, j’avais besoin de m’isoler. De faire le point sur moi-même. Ne plus penser à ce père qui me compliquait, malgré lui, la vie. Mais il me la simplifiait aussi d’une certaine manière. M’offrant une possibilité d’isolement. Loin de la civilisation. Une promesse faite à un enfant que le petit devenu grand avait oublié, mais que le père tenu jusqu’au bout. Comme pour essayer de se racheter de ses erreurs.

 

    Sweat sur le dos. Stèle dans la poche. Je m’enfonçais dans cette forêt. Un lieu que j’appréciais beaucoup et de plus en plus. Plus j’avançais. Plus je m’éloignais du village le plus proche. Mieux je me sentais. Libérée de toutes contraintes. À l’abri des regards, je pouvais être moi. Et non celle que l’on voulait que je sois. Je sentais que ce lieu encore inconnu qui venait de m’être légué deviendrait mon antre à moi. Mon jardin secret. Une place spéciale pour les vacances.

 

    Normalement, je ne devrais plus tarder à arriver. Je me demandais bien ce qui m’attendait. À la fois excitée et craintive. Je ne savais plus si cela était une bonne idée. Mais il était trop tard pour faire demi-tour. La nuit sur le point de tomber, je devais me trouver un abri. Ne connaissant point les lieux. Ne sachant point si j’étais en sécurité dans ce bois. Je me devais de trouver ce cadeau, ce dernier présent que m’avait caché mon père. Quitte à me perdre encore plus dans cette nature luxuriante.

 

    Au détour d’un arbre, une maison. Un chalet. Des souvenirs qui remontaient. Non ne me dites pas qu’il l’avait fait… Ce lac me rappelait tant de bons moments. Des instants de jeunesse où innocente je suivais mon paternel. Lui parlant de mes rêves. Lui expliquant que plus tard à la place de la petite cabane de bois minuscule, je construirais un beau chalet pour les écureuils et moi au pied de l’eau. Petite, innocente, naïve que j’étais. Des rêves plein la tête. Je m’amusais, dessinais cet endroit de repos près du lac. Tendant le dessin au père peu attentif. Du moins c’était ce que je pensais.

 

    Une larme qui roulait sur ma joue. Cela ne pouvait être qu’une illusion. Et pourtant. En me rapprochant, je distinguais de mieux en mieux le nom sur la petite boite aux lettres. Le mien « Max Valdrak, maison de l’écureuil, perdue dans la forêt ». Voilà ce qu’on pouvait lire de gravé dans le bois. Une nouvelle larme. Il l’avait fait. Je ne savais quoi dire. Moi qui voulais faire une pause. Prendre du recul. Oublier la famille et les souvenirs. Je plongeais la tête la première dedans.

 

    J’avançais. Doucement. Levant la tête vers la porte. Une feuille de papier abîmée tenue par un poignard dessus. Un nouveau sentiment s’ajouta au mélange déjà bien fourni. De la curiosité. Mais aussi de la peur en voyant quelques taches semblables à du sang. Pourquoi ? L’ignorant j’allais pour ouvrir la porte, mais rien, je me brûlais la main sur la poignée qui avait l’air enchantée. Craignant de ne subir les conséquences d’un nouveau piège, je ne sortis point ma stèle.

 

    Quelques pas. La main brûlée dans l’eau fraîche. Une fois sortie de l’eau, je la bandais. Ne sachant pas si une malédiction m’avait touché ou un simple sort de chaleur. Préférant opter pour la sûreté. À la manière des non initiés, je soignais cette blessure avant de m’approcher de nouveau de la porte. Lisant cette fois-ci la lettre auparavant ignorée.

 

« Minautore, poudre d’hydromel

Aventurier perdu, passe ton chemin

Xena la guerrière maudite te hantera

Il existe en ce milieu un mystère

Le trésor de l’animal souverain

Il est le seul à pouvoir l’ouvrir

Animal petit et rapide

Cette mission n’est pas des plus simples

Maison autour de laquelle 1001 pièges positionnés

Est celle de l’animal roux

Maintenant libéré de l’influence familiale

La clef de son ancre il doit trouver

Tienne dans son cœur

Je l’ai caché aux voleurs

Te diviser dans cette forêt

L’arbre siamois à trouver

Avais-je bien coupé l’objet en trois ?

Promis il n’y en a que trois

La seconde pour l’avoir

Clef de tiers dans l’eau prospère

Tu n’es pas mort, je l’espère

Trouveras-tu, descelleras tu les pièges

Car brulé, en morceaux ou mangé tu peux terminer

Intelligente et vive comme l’animal incarné

Tu devras te comporter

Es-tu assez agile pour trouver

Mon dernier au sommet s’est retrouvé

Petit discret dans le trou de la réserve

Écureuil de l’arbre marqué

Devenu grand plus de vingt ans tu peux entrer

Grand petit enfant si élu tu es les pièges ne pourront te toucher

 

Signé un initié noir et roux »

 

    Je frissonnais. Relisant encore et encore le texte sans queue ni tête. Qui avait bien pu l’écrire ? Qui avait piégé la maison qui semblait être la mienne ? Un bloc-notes sorti de ma poche. Je gribouillais quelques mots. Il me fallait cette clef. Je ne pouvais pas laisser un inconnu m’empêcher de découvrir le dernier cadeau de mon père. Mais l’auteur du mot était-il vraiment si inconnu ?

 

    Cherchant un message caché. Une autre signification à ce mot sans trop de sens. Je remarquais une référence non initiée me tapant à l’œil. Un mot, un prénom peu utilisé. Soudain le texte devenait clair d’un coup. La mise au point se faisait. Tandis que je découvrais ce mini message. Aux yeux de tous seul un fou pouvait avoir écrit ces lignes. Mais j’en avais trouvé le secret. A chaque changement se relevait.

 

    Je relevais la tête vers le ciel, où la lune prenait doucement place. Les yeux remplis, je retenais mes pleurs. Jusqu’au bout j’avais l’impression qu’il voulait que je me souvienne de lui. Pourquoi ne pouvait-il pas agir normalement pour une fois ? J’allais faire demi-tour. Ne voulant plus avoir à faire avec cet homme. Lettre au sol, je repartais vers la forêt. Bien décidée à trouver une place pour me reposer.

 

    Un battement d’ailes près de moi. La lettre de nouveau face à moi. Tenue entre les serres de Dream. Mon moyen duc. Mon ami. Libre de nouveau, il m’avait suivi. Et pour une raison qui m’échappait, il semblait vouloir que je rentre dans la maison qui était la mienne. J’hésitais. D’un côté je ne voulais point résoudre cette énigme écrite par un homme n’ayant plus toute sa tête et d’un autre rentrer au village de nuit ne me semblait point très judicieux.

 

    Un hurlement. Un loup. Ou plusieurs. Je reconsidérais alors l’option de la maison. Trouver trois pièces, cela n’était pas compliqué, si ? Moins dangereux que se retrouver face à des carnivores du moins. Enfin cela je le supposais juste. Car comme le disait la lettre des pièges se cachaient. Il me fallait donc être vigilante.

 

    Résignée à finalement résoudre à contrecœur la petite devinette, je me mis en quête d’un arbre siamois. Une rune de lumière lancée. J’y voyais maintenant mieux. La recherche plus simple pour mes yeux, qui la nuit ne voyait que peu. Je marchais à travers les arbres qui ne manquaient point dans les environs. Mais aucun ne correspondait à la description.

 

    Soudain, j’entendis derrière moi un grognement. Je me figeais à l’instant. N’osant plus bouger. Je tournais tout doucement la tête, pour apercevoir à ma grande surprise un animal à la mâchoire acérée qui avait l’air de vouloir de moi au diner. Je pris une grande inspiration puis partie comme un boulet. Zigzagant entre les troncs. Mais le quadrupède plus rapide ne tardait pas à poser ses pattes sur mes épaules me faisant basculer vers l’avant.

 

    Stèle hors de mes mains. Un mètre devant moi. Je n’avais pas beaucoup de choix. L’écureuil prit rapidement la place de mon corps. Et sans laisser le temps à l’animal de réfléchir, je gravis un arbre. Le premier que je vis. Une fois en hauteur, je m’assis soufflant un peu surtout lorsque je remarquais que le carnivore venait de repartir. La proie hors de portée. Il avait vite abandonné. Réaction assez étrange. Conséquence d’un piège sûrement posé par le poète.

 

    En faisant attention. Toujours sur mes gardes. Je descendis de mon perchoir. Me retransformant les pieds à terre. Attrapant ma stèle par la même occasion. En nettoyant vite fait mes affaires. Tête levée, je vis, incrusté dans le tronc que je venais d’escalader. Un morceau de ce qui semblait être une clef. En y regardant de plus près l’arbre. Deux troncs se séparaient de l’axe central. L’arbre siamois face à moi. Je remercie par la pensée cet animal affamé.

 

    À l’aide d’une rune d’attraction, je récupérais le petit bout. Et une fois glissé dans la poche, vers la maison je retournais. D’après les mots, je devrais le trouver à l’eau. Et d’après mon voyage le seul lac rencontré était celui au bord duquel se trouvait le chalet. Espérons juste que ce coin d’eau soit le bon.

 

    De nouveau près de la maison, je tentais tout d’abord de lancer un sort pour attirer vers moi l’objet caché. Mais que nenni ! Cela aurait été trop simple. Je roulais les yeux au ciel. J’allais devoir mouiller le maillot. Sweat sur le côté avec les chaussures et le jeans. Je fis apparaitre un masque de plongée avant de me jeter dans le lac.

 

    Eau froide. Glacée. Des frissons au contact. Bain de minuit improvisé. Dans quoi m’étais je embarquée ? Mais maintenant que j’avais commencé, je devais terminer. Trouver la deuxième partie de la clef. Cependant, un obstacle se dressait face à moi. Un gardien protégeait le morceau. Un animal marin, aux dents pointues bien visibles. Espérons qu’il ne me prendrait point pour cible.

 

    La tête à la surface je repris mon souffle. Un sort prêt à être lancé, je rejoignis les profondeurs. La bestiole se lança sur moi. Me mordant le mollet. Une rune. Des flèches qui s’en échappent. Elle me lâcha, et tomba de trois flèches dans le crâne logé. Bout de métal en main je retournais vers l’herbe. La morsure douloureuse m’empêchant de me lever. Ne connaissant point l’animal m’ayant attaquée, je tentais un dessin médical.

 

    Mais rien n’y fait. Vive la douleur semblait s’amplifier. Ne connaissant que peu mes sorts de soins, j’entrepris de bander la peau touchée. Espérant intérieurement qu’une fois la porte franchie, tous les soucis disparaitront. Il me restait seulement l’antre de l’écureuil à trouver. Un trou dans un arbre. Mais lui je l’avais repéré sur mon chemin avant de trouver cette maison.

 

    Je boitais alors vers le grand noisetier. Changée en animal roux, je rejoignis le trou. La réserve. Non sans mal. Une patte douloureuse, m’empêchant de courir. M’obligeant à bien faire attention à chacun de mes mouvements. Une fois à hauteur, point de pièges à ma grande surprise. Un simple mot autour du trou gravé « Bravo ma fille ». Une patte à l’intérieur, j’en sortis l’objet avant de retourner sur la terre ferme.

 

    Humaine de nouveau. J’avançais vers la porte. Doucement ma surement. La douleur s’étendant petit à petit. Une rune sur les trois bouts. Une clef. Une serrure déverrouillée. La porte enfin s’ouvrait. Laissant place à une magnifique pièce à vivre. Conviviale. Accueillante. Un endroit assez cosy. Des fauteuils. Un canapé. Des coussins de partout. Des pierres sur la droite, entourant une cheminée bien utile durant l’hiver. En remontant le regard, les yeux au plafond, des poutres apparentes.  

 

    Une table basse au centre où traine une fiole colorée ainsi qu’un petit mot. Je m’avançais. Manquant de tombée. Toute ma jambe paralysée. Sans réfléchir, ne sachant pas ce quelle pouvait contenir, j’attrapais le flacon et l’avalais d’un coup avant que le poison continu d’agir. Puis reprenant petit à petit mes esprits. La lettre en main assise sur le tapis je lis.

 

    « Ma chère fille, désolée de t’avoir fait subir cela, mais je ne voulais point qu’une personne autre que toi entre là. Lorsque tu m’avais dit que tu t’intéressais à l’instinct animal, je m’étais souvenu de l’image de ton totem. Misant sur un coup de poker. L’écureuil comme emblème j’ai construit le piège. Dans la fiole un antidote tu trouveras au poison du poisson. Ne t’en fais pas pour les pièges il n’y en avait point plus que trois, la poignée, le loup enchanté, et le sort de protection sur la maison. Mais une fois la clef tournée ils se désactivent par eux même. Je suis fière de toi. Et si tu me lis, c’est que je ne suis plus là. Je tenais à te faire un dernier cadeau avant que l’on me retrouve. J’y ai mis mes dernières forces. Prends bien soin de toi. Vis pour toi et respecte les autres. Ne deviens pas comme moi. Je ne suis plus là pour te protéger, mais je te sais maintenant assez grande.

 

    Je t’aime

    Maximilien »

 

    Des larmes. Encore des larmes. Moi qui voulais l’oublier. Je ne pourrais pas. Il était mon père. Un pilier. Un modèle. Et malgré ce qu’il a pu faire. Je savais que dans le fond, il restait celui que je connaissais. Je ne pouvais point lui en vouloir. Il cherchait juste à me protéger. En faisant les mauvais choix et en se complaisant dedans, il jouait consciemment avec le feu. Et il s’était brulé.

 

    Aujourd’hui seule dans cette maison je pleurais. Masque à terre. Les émotions se déchaînaient. Je pleurais ce père peu présent que jamais je ne reverrais. À qui je n’avais même pu dire au revoir. Père que je voulais effacer de ma mémoire. Mais une personne aimante toujours là malgré son absence. Paternel au passé noir conscient de ses erreurs. Il n’en restait pas moins protecteur. Essayant d’éloigner sa fille des dangers. Un être à la logique imprécise qui même pour sa fille était incomprise. Malgré son absence.

Jour 31 : Mûr

    Graine. Tu la plantes. Elle se nourrit d’amour et d’eau fraîche. Elle pose ses racines. Elle n’ose pas trop sortir le bout de son nez. Elle reste encore un peu terrée. Mais, tu continues à lui apporter de l’attention. Tu tâches de la rassurer.

 

    Petite pousse. Tu vois un petit morceau vert ressortir. Il grandit à son rythme. Doucement mais sûrement. Le voici qui s’élance comme un grand. Tu lui souris et continue de lui raconter des histoires et lui apporter à boire.

 

    Arbuste. Tu t’étonnes tous les jours de sa taille. Il est devenu robuste le petit. Il fort et courageux. Il est prêt à affronter les éléments. Tu l’aides comme tu peux. Tu le protèges toujours un peu. C’est toujours un petit pour toi.

 

    Arbre. Tu dois lever les yeux pour le regarder de haut en bas. Il est loin le temps où il forgeait encore ses racines. Maintenant, le voici bien ancré dans le sol. Il est fier. Il se montre. Toi, tu es fier en un sens. Le petit est devenu grand.

 

    Arbre fleuri. Tu t’émerveilles en le voyant. Ses couleurs se remarquent de loin. Il ne passe plus inaperçu dans le paysage dans son bel habit printanier. Cela te rappelle des souvenirs. Tu le vois s’épanouir. Le voici indépendant.

Jour 30 : Attraper

    Te voilà. Oh toi qui t’amuses à jouer des tours. Toi qui te délectes du malheur des gens. Toi qui te nourris des larmes et des cris. Toi qui aimes faire souffrir autrui.

 

    Tu es de ceux qui se régalent d’une bonne dispute. De ceux qui sourirent lors de ruptures. De ceux qui se frottent les mains d’une malchance. De ceux qui rient d’une chute.

 

    Toi qui te plais à faire remonter les mauvais souvenirs. Qui apprécie ceux que tu peux manipuler. Qui savoure le goût amer de la défaite. Qui s’extasie devant les âmes démunies.

 

    Tu sèmes la noirceur autour de toi.

    Tu gâches la couleur autour de toi.

    Même les mélodies ont peur de toi.

    Même les positifs s’éloignent de toi.

 

    Tu es la part sombre. Tu es ce qui empêche l’utopie. Tu es le cauchemar. Tu es ce qui maintient sur terre. Parfois, sous terre.

 

    Tu te joues de tes hôtes. Tu fais sonner des mots, des souvenirs, des idées, des désirs… Tu appuies où cela fait mal. Tu joues des peurs et des faiblesses. Tu t’immisces dans n’importe quel être.

 

    Tu résonnes. Tu chantonnes. Tu ris.

    Tu fais pleurer. Tu laisses éveillé.

 

    Mais tu sais ? Tu ne gagneras pas toujours. Au mieux tu teinteras de gris l’être choisi. Mais le noir le couvrira rarement.

 

    Il est lâche de s’attaquer aux faiblesses des autres, d’appuyer sur les points sensibles, d’attaquer une personne désarmée, d’appuyer sur la corde fragile.

 

    Oh toi qui essayes de faire sombrer.

    Tu rends plus fort finalement.

Jour 29 : Blessé

    Tu t’avances vers eux. Tout va pour le mieux. Tu te sens bien. Tu te sens léger. Comme si tu pouvais voler. Tu t’approches du groupe. Tu y es presque. Tu t’y glisses discrètement. Un regard. Une douleur.

 

    Intruse.

 

    Tu te tiens le bras. Les visages vers toi. Des questions sur toi. Les mots hors de toi. Tu n’y arrives pas. Tu n’as plus de voix. Tu ne sais pourquoi. Tu t’agrippes de nouveau le bras.

 

    Timide.

 

    Tu les vois se questionner. Tu tentes de bredouiller quelque chose. Tu essayes de regrouper les lettres. De dire ne serait ce qu’une phrase. Même banale. Même peu original. Juste…

 

    Bizarre.

 

    Une brûlure. Sur l’autre bras cette fois. Ta chemise commence à être de trop. Tu serres les dents. Une larme fait son apparition au coin de ton œil. Tu la retiens. De toutes tes forces. De toute ton âme. Mais elle se détache et glisse…

 

    Sensible.

 

    Elle tombe. Douleur. Tu fuis.

 

    Introvertie.

 

    Tu entends des rires. Tu as mal. Cela parle de toi.

 

    Peur.

 

    Tu te caches. Tu souffres. Tout te brule.

 

    Anxiété.

 

    Tu pleures. Tu laisses couler. Tu serres les dents.

 

    Enfant.

 

    Trop. Tu retires ta chemise. Sur ton corps, de multiples brûlures. Des mots. Des étiquettes. Tu les connais que trop bien. Elles réapparaissent souvent. À chaque catégorisation. À chaque cliché. À chaque jugement.

 

    Tu t’efforces de les soigner. Tu les acceptes. Tu ne fais qu’un avec. Mais, même si tu les connais, même si tu es habitué à leur présence, la douleur de leur renaissance reste aussi intense qu’au premier jour du marquage.

Jour 28 : Conduire

   Une discussion enflammée. Les arguments qui s’échangent avec passion. Les mots qui découlent sans interruption. Un moment partagé. Les phrases se forment et se déforment. Elles se construisent et s’entassent puis se prélassent en attendant la prochaine vague. Les idées se chamboulent.

 

   Sauf que là ton cœur lui chavire. Tu n’as plus rien à dire. Les pensées ne te manquent pas, mais la musique te les vole une à une. La mélodie te caresse et te berce. Tu n’as qu’une envie, te laisser porter, te laisser guider. La conversation pourra bien attendre quelques minutes. Elle pourra bien se passer de toi quelques mesures.

 

    Sans trop savoir pourquoi, tu tends le bras. Tu proposes une main. Main dans la main, sur la piste chère demoiselle. L’heure a sonné. Tu envoies valser la timidité. La c’est à ton tour de montrer une facette de qui tu es. Car oui sous tes petits airs coincés tu sais aussi t’amuser.

 

    Tu la fais tourner. Vous souriez. Elle ne comprend pas tout et toi tu comprends encore moins. Tu fais illusion. Tu connais les pas, tu connais la chanson. Tu restes sur tes bases pour ne pas la perdre dans le dédale de passes. Tu ne fais que de légères variations.

 

    Finalement cela dure moins longtemps que tu ne l’avais prévu. Le maître de la musique ne laissant pas la mélodie se finir avant de lancer la suivante. Tu es perdue. Tu étais bien lancée. Tu te retrouves bloquée.

 

    Puis une main sur ta joue te réveille. Un sourire sur les lèvres. Une autre main contre toi. À toi de te laisser conduire dans ce mouvement que tu ne maîtrises pas.

Jour 27 : Manteau

    Une veste. Tu l’enfiles. Tu n’as pas froid, mais elle te cache. Elle te protège. Tu doutes toujours. Tu appréhendes. Tu hésites. Jusqu’à la dernière minute. Toujours temps de faire demi-tour. Toujours temps d’abandonner.

 

    Non tu dois essayer.

 

    Tu le vois. Tu souris. Il rayonne. Bienveillant. Étonnant. Tu le suis. Comme un guide. Des présentations. Déjà trop de prénoms. Tu n’oses pas parler. Tu ne fais qu’écouter. Tu parles légèrement de la journée. Quand par elle tu es coupée.

 

    La dame grise au milieu du parc.

 

    Tu ne l’avais encore jamais vu d’aussi près. Elle t’impressionne. Merveille d’architecture. Tu écoutes en ayant ton accroche d’évasion. De nouveaux visages. De nouveaux prénoms. Tu gagnes même un surnom. C’est plutôt mignon.

 

    Rouge sur les joues. Mais à l’aise.

 

    Étrangement à l’aise. Comme dans une bulle. Tu es bien. Il y a du monde, d’habitude tu stresses. Il y a qu’une tête connue, en temps normal tu ne serais pas aussi détendue. Mais une chose de différent flotte dans l’air.

 

    La veste serait-elle de trop ?

 

    Tu entres. Tu discutes. Tu ris. Tu partages. Le temps file. Il court. Petit lapin blanc qui s’enfuit avec lui. Tu ne le vois pas passer.

 

    Tu danses. Tu chantes. Tu profites. Les minutes deviennent des heures. À cette heure le carrosse est devenu citrouille.

 

    Tu n’y penses pas. Tu t’es fait des amis, des connaissances. Ton sourire est franc. Il rayonne comme celui de ton guide.

 

    Finalement la veste sera de trop la prochaine fois. Car tu sais qu’avec ces personnes la. Tu peux tout simplement être toi.

Jour 26 : Sombre

    Une remarque. Elle te blesse. Elle te touche. Elle est telle une flèche qui t’arrive en plein cœur. Une flèche empoisonnée qui t’atteint en ton centre. Tu ne peux la retirer. Tu ne peux l’oublier. Il est trop tard. Elle est en toi.

 

    Son poison. Il se reprend. Il n’était qu’une goutte. Le voilà qui s’étend. Il grignote du terrain. Il s’épanche. Telle une goutte d’encre sur une feuille. Sa noirceur emplit le cœur. Il s’assombrit petit à petit. Il perd petit à petit de sa vie.

 

    Le noir. Il passe par les vaisseaux. Il fait son chemin. Il traverse les organes. Il s’attaque aux muscles. Tel un virus, il contamine son environnement. Il prend le contrôle de son hôte. La peur devient seul maître des lieux.

 

    La peur. Elle fait trembler les membres. Elle fait claquer les dents. Elle donne des frissons. Elle met la pression. Elle est en chaque parcelle de ton corps. En chacune de tes cellules. Elle est omniprésente. Elle est reine même de tes pensées.

 

    Tes pensées. Elles vagabondent. Elles ne sont plus sûres de rien. Elles sont paralysées pour certains. D’autres s’accélèrent. Plus aucun contrôle. Elles n’ont plus de limites. Elles ne limitent plus les émotions que bientôt…

 

    Les émotions. Elles sont de plus en plus fortes. Comme un torrent qui tape contre un barrage. Barrage trop fragile qui se brise. Le voilà. Il se déverse partout. Il n’a pas de limite. Il n’a pas de guide. Il évacue le trop-plein. Il fait le vide.

 

    Le vide…

 

    Relâcher le barrage…

 

    Vider le surplus. L’utiliser comme arme. Diluer la peur. Diluer le poison. Chaque larme emportant avec elle vers le sol une goutte de ces sombres pensées. Chaque parcelle qui s’échappe du corps vers la terre qui se nourrit de cette négativité.

 

    La peur recule. L’état serein revient. Jusqu’à la prochaine vague. Jusqu’aux prochaines larmes. Et ainsi de suite tel un cycle sans fin.

Jour 25 : Délicieux

    Un éclat de rire. Tu observes sa couleur. Tu la vois danser autour de lui. Tu l’observes s’échapper et s’évaporer dans le paysage maussade. Comme une goutte de couleur dans la grisaille d’une mer de gris d’une neutralité déconcertante.

 

    Un sourire. Un fin filet de lumière. Il dessine des formes dans l’air. Il grimpe vers le ciel puis se mêle aux ombres. Un éclat lumineux au centre d’une pièce sans fenêtre et aux nuages de fumée l’empêchant de briller.

 

    Un compliment. Tu sens sa chaleur. Tu le sens te réchauffer. Tu le sens aussi se refroidir tout aussi vite en quelques secondes. Comme un feu trop petit et fragile contre l’eau et la glace qui l’entourent au quotidien.

 

    Une réussite. Une fleur dans sa magnificence. Elle est belle et née avec patience. Mais tu la vois se faner plus rapidement qu’elle n’a éclot. Une fleur fragile dans un monde qui ne rappelle que les échecs et qui lui retire un à un les pétales du mérite.

 

    Un souvenir. Le délice de ce moment que l’on partage. Un goût à l’arrière-goût prononcé que l’on ne peut toujours qualifier. Un goût qui parfois s’oublie. Le temps ennemi des souvenirs qui les fait se mêler et parfois s’oublier.

 

    Un câlin. Des couleurs qui se mélangent. Une lumière qui se dégage. Une chaleur qui se propage. Une accolade qui reconstruit les fleurs fanées et les aide à briller. Une bulle de douceur comme une scène où la lumière des projecteurs met en valeur la couleur de la fleur que l’on a en nous. Un moyen de réveiller son odeur propre et enivrante. Un moyen de se sentir vivante.