Une famille animale

    Tu es dans le salon. Tu es en train de jouer. Soudain, la petite de poils rousse tombe de la table basse sur le coussin. Tu la prends dans tes mains. Le petit écureuil ne se réveille pas. Il semble endormi. Un sentiment de panique commence à monter en toi. Tu te lèves et tu cours comme tu peux pour rejoindre ta maman.

 

    – Maman, Zip est tombé. Il bouge plus. Maman…

 

    Une larme coule le long de ta joue. Tu t’inquiètes pour le petit et tu n’es pas la seule. Ta mère attrape le petit être dans ses mains. Elle te demande de retourner dans le salon pendant qu’elle s’occupe de lui. Elle a les larmes au bord des yeux. Tu lui obéis.

 

    Dans le salon, tu t’assois sur le sol. Rouky vient tout de suite vers toi. Tu attrapes le grand berger allemand dans tes bras. Un grand câlin. Bientôt, un museau de chat fait son apparition. Tu joins Rox à l’accolade. Tu as peur. Ils viennent te réconforter.

 

    Lorsque tu te détaches d’eux, tu remarques que même Grognon est sorti de sa cachette. L’hérisson, qui a l’habitude t’éviter, le voici près de toi. Un peu plus loin, qui peine à arriver, Spiddy, le lézard. Le criquet, lui, a pris de l’avance, posé sur ton épaule, il se colle à ta joue. C’était un peu comme si la famille se réunissait dans le salon.

 

    Il ne manque que les deux loups. Ils sont surement avec maman. Même Hope attend à la fenêtre. Le corbeau observe la scène de son perchoir. Et toi, tu continues de caresser les deux mammifères à tes côtés. Tout en levant les yeux vers la maison de l’écureuil.

 

    Maman lui a construit un endroit à lui proche du plafond. Un lieu où il pouvait rester avec sa famille tout en étant avec nous. Zip fait parti de la famille. On est tous une famille. Tu vois les petits écureuils sortir doucement. Comme s’ils savaient.

 

    Au même moment, maman revient. Elle a les yeux rouges. À ses côtés, Laurel et Hardi ont des mines tristes. Tu sens la peine et la tristesse. Tu la ressens au fond de toi. Ton cœur se serre. Sur le coup, tu n’as pas envie de l’écouter. Tu la regardes simplement. Elle essuie une larme qui glisse sur sa joue.

 

    Maman t’explique que Zip est parti. Elle a la voix qui tremble. Tu peux ressentir sa douleur dans sa voix. Il a toujours été là pour elle. Tu sais qu’il est important. Pour toi aussi. Il était toujours là pour te faire rire avec ses petites manies. Tu sens doucement des larmes monter à tes yeux. Tu vois maman s’accroupir.

 

    Tu te lèves pour venir dans ses bras. Tu te réfugies dans ses bras. Elle t’attrape. Elle te serre fort contre elle. Vous laissez vos larmes couler. Vous les laissez s’échapper. Elles ne s’arrêtent plus. Vous êtes là. Dans les bras l’une de l’autre. Les souvenirs dansent dans vos mémoires et la tristesse s’exprime dans vos yeux rougis.

 

    Autour de vous, les animaux se sont rapprochés. Un câlin tous ensemble. Un câlin en famille pour surmonter ensemble ce triste événement. Maman te berce tendrement. Un instant de douceur au milieu de la douleur. Si jeune confrontée à cela, tu ne comprends pas tout, tout de suite. Mais, tu sais que Maman t’expliquera un peu plus tard. En attendant, ta famille est là. Vous êtes unis. Les uns présents pour les autres…

Noël sans papa

    Par rapport aux textes précédents, les suivants suivront MacKayla, la fille de Max.

    Bonne lecture

 

    Tu descends les escaliers en courant. En bas de ceux-ci, un homme t’attend les bras grands ouverts. Tu sautes. Il te rattrape au vol en souriant. Vous rayonnez. Vous riez. Une voix raisonne. Ton complice te fait signe de ne rien dire. Mais tu ne peux t’empêcher de laisser s’envoler un éclat de rire.

 

    La mine faussement en colère de la maman fait son apparition. L’homme mime l’innocence. Et toi, toi tu ris. Tu aimes bien quand tonton cache des petits secrets à maman. Même si tu ne comprends pas tout, tu les trouves drôles.

 

    D’ailleurs, le plus marrant, quand tonton est là avec mamie, c’est quand ta mamie appelle « Max ». Les deux jeunes adultes accourent vers leur mère avec les mêmes mimiques. Mamie adore faire cela pour te faire rire. Même si maman n’aime pas toujours.

 

    Ta maman s’approche et te prend à son tour dans ses bras. Vous vous faites un bisou d’Esquimaux. Les nez se touchent. Une drôle de salutation qui fait sourire, petits et grands. Tu t’agrippes à ta maman. Tu sais que tu peux compter sur elle.

 

    Tu n’as pas de papa. Mais tu as un tonton. Il vient dès qu’il a du temps libre pour s’amuser avec toi. Il fait des bêtises tonton. Et maman n’est pas toujours contente. Mais ce que tu aimes chez ta maman, c’est qu’elle sourit tout le temps. Même quand elle est triste, elle sourit. Elle essaye toujours de mettre de la couleur. Comme aujourd’hui…

 

    À une semaine de Noël, un sapin est installé dans le salon. Il est nu de toutes décorations. Alors, tu regardes les deux grands mettre les guirlandes. Ils dansent autour du sapin. Ton rire illumine la pièce. Avec mamie, vous installez les ornements sur le feuillage. Vous mettez toutes les couleurs possibles. Vous mélangez tout.

 

    Puis, tonton t’attrape pour te mettre sur ses épaules. Il faut être grand pour installer l’étoile. Et grâce à tonton, tu es la plus grande de la maison. Ta maman te tend en souriant la décoration finale. Tu t’appliques. C’est la première fois que tu peux la mettre. Tu fais bien attention.

 

    Et voilà. Le sapin est fini. Tu rejoins ta maman. Tu es impatiente que le papa Noël arrive avec ses cadeaux. Cette année, tu as simplement demandé de la couleur et de la musique. Ce sont deux choses qui sont importantes pour maman donc tu te dis qu’on n’en a jamais assez.

 

    Tu aimes ta maman. Tu es heureuse. Tu es aimé. La famille est importante et ta maman sera toujours là pour toi et inversement…

La Disparition

    La période des fêtes, quel doux moment de l’année. Les sourires dans les rues. Les couleurs portées par les habitations. Les lumières qui dansent lorsque la nuit tombe. Les enfants jouant dans la neige sous le regard attentif des parents. Un instant de famille, des retrouvailles. Les cœurs qui se réchauffent près d’un feu de cheminée. Une période de partage pour les rêveurs qui voient la magie comme une douce mélodie qui plane dans les airs.

 

    Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas fêté Noël en famille. Presque cinq ans que je m’étais résignée à cette idée. M’isolant avec mes animaux et essayant de ne voir presque personne. Comme si la mélodie des souvenirs rappelait les piliers effondrés. Comme si elle entaillait un peu plus ce cœur en reconstruction qui replongeait dans le passé au bout de quelques notes en écho avec le présent…

 

    Père encore en voyage, du haut de mes seize ans, j’aidais Dana, ma belle-mère à cuisiner des gâteaux de Noël. Elle m’avait interdit la magie. Je m’exécutais alors du mieux que je pouvais en chantant avec elle les contes des non-initiés de cette période hivernale. La cuisine ressemblait à un véritable champ de bataille. Mais ce n’était pas grave. Les souvenirs de ce petit temps valaient beaucoup plus que les heures de rangement qui suivaient. Le soir même nous étions sorties toutes les deux au marché de Noël pour voir les illuminations. Mes yeux d’adolescente ne voulant pas grandir s’ouvraient en grand. Émerveillée comme la première fois par cette valse des sensations.

 

    Une main tenant celle de ma petite sœur, Mathilda, d’à peine cinq ans, la seconde tenant la laisse d’un louveteau un peu trop dynamique. Nous avancions au travers de la foule de sorciers dans ce quartier canadien que je connaissais bien. Il avait revêtu ses plus belles couleurs de Noël. Il vivait. Il dansait et jouait avec les passants. Le monde riait sans faire attention au lendemain, mais toujours un sourire vers le voisin. Un arrêt sur un stand de bijoux. Puis sur un autre, profitant pour faire des petites emplettes sur le marché avant d’aller dans les boutiques. Deux enfants que nous étions s’émerveillaient devant les objets. Deux jeunes avec près de dix-sept années d’écart se laissant guider par leurs cœurs. Mais le mien loupa un battement lorsque je me retrouvai comme hypnotisée par un magnifique instrument en bois fait main. Je lâchais, juste un court instant celle de Mathilda pour gratter quelques notes avec l’autorisation du vendeur. Je fus alors sous le charme de la mélodie. Alignant les pièces, cadeau de Noël à moi-même sous le bras, je me tournais sourire aux lèvres vers la jeune fille qui n’était plus là.

 

    Petit tour à la maison des messagers. Le cœur un peu serré, mais en même temps impatient. Les nouvelles du père se faisaient rares ces derniers temps. J’espérais de tout cœur trouver entre les serres de Dream, mon moyen duc, une lettre ou une carte. Rien qu’un mot qui me rassurerait. Pas grand-chose, juste savoir qu’il ne m’avait pas oublié en mon jour d’anniversaire presque six mois après sa dernière lettre nous annonçant qu’il ne rentrerait pas pour les fêtes. Je lui en avais voulu intérieurement. Je ne le voyais que rarement avec l’école et il n’était même pas là quand je revenais pour passer du temps en famille. Mon cœur se stoppa quand je remarquais deux papiers près de l’oiseau. L’un d’une personne ayant la clé du cœur et le second de Dana. Des traces de larmes faisaient baver certains mots et l’écriture était fragile. Comme si le mot était écrit avec les émotions. Comme un cri du cœur.

 

    Cri qui transperça la foule alors que je cherchais la petite qui n’était plus à mes côtés. Mon sang ne fit qu’un tour. Tous mes sens en éveil pour rejoindre l’origine du bruit. Je tentais de me faufiler au travers de la masse en mouvement. Je ne devais pas perdre une seconde. Même si Rouky, mon fidèle berger allemand accompagnait Mathilda, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer les pires scénarios. Au détour d’une ruelle, je vis une jeune initiée un petit gant à la main et des larmes aux yeux. Je n’arrivais pas à l’entendre. La peur. La colère. Les sentiments couvraient mes sens. D’un mouvement de bras, elle indiqua une ruelle un peu enneigée où des pas étaient visibles aux côtés de pattes de l’animal. Sans réfléchir, j’accélérais d’une traite. Lâchant la laisse du loup le laissant prendre de l’avance, mais sans le lâcher de vue. Une ombre noire au loin. Un rayon de couleur. Un gémissement. Puis la silhouette s’éloigne disparaissant presque.

 

    Cartons sur le palier de porte. Mon nom écrit dessus. Je me sentais au plus mal. Je ne comprenais pas et malgré mes tentatives pour tenter un dialogue, la porte de bois de l’entrée ne bougea point. Je pouvais simplement entendre des sanglots venant de l’intérieur sans rien pouvoir faire de plus. Je rassemblais alors les choses qui m’étaient les plus précieuses parmi celles disposées dans la rue. Remplissant mes poches d’initié runiques avec discrétion. Puis je repartis le cœur lourd après avoir déposé un petit mot sur un des cartons restants. L’école m’attendait. J’avais encore un toit pour quelques jours. Que passera-t-il par la suite ? Il me fallait retrouver mon père.

 

    Malgré la douleur qui me traversait la jambe, je ne pouvais m’arrêter de courir cherchant à aller toujours plus vite. Mais lorsque j’entendis le hurlement déchirant d’un loup, mon cœur de cristal tomba et se fissura. Je ne me stoppais qu’au moment où je fus au niveau des deux quadrupèdes. Hurlant à mon tour en voyant un second gant au sol ainsi que le rouge qui se mêlait au blanc immaculé de la neige autour du canidé. Une rune de secours. Puis chercher à réduire l’hémorragie. Pas de sort de soin dans mes compétences. Une trousse de non-initié ouverte. Les larmes qui brouillaient ma vision. Une tête qui venait trouver refuge dans mes bras quand recroquevillée aux côtés du corps souffrant j’attendais les secours. Un bruit de papier. Tête relevée vers l’animal sauvage. Un prospectus dans sa gueule. J’essuyais les larmes. Me tournant vers deux amis je savais ce qui me restait à faire une fois que Dana, ma belle-mère, serait revenue pour ramener mes deux acolytes à l’abri.

 

    La fin des cours, le doux bruit d’un wagon sur les rails. La plupart semblaient heureux de rentrer pour l’été et d’autres de ne plus revenir. De mon côté, je retenais mes larmes. Prenant le premier train après les résultats du diplôme ne voulant pas croiser d’amis proches. Ma décision était prise depuis quelques jours. Aujourd’hui était le début d’un long voyage. Carte postale dans la main. Première ville d’une longue série à visiter. Je ne savais pas ce qui m’attendait. Je ne pouvais plus revenir en arrière. J’étais perdue. Et même si dans un sens il m’avait abandonnée, il restait mon pilier familial. Celui qui me guidait depuis des années malgré moi.

 

    Nœud papillon, haut de forme et grande veste sur le dos, je me fondais au milieu de la foule. Arrivant juste à temps pour le début du spectacle. Un théâtre de non-initié dans une ville voisine. Un lieu assez réputé où toutes les tenues n’étaient pas acceptées. Il ne fut pas simple de trouver une place pour la représentation du soir même. Mais malgré le prix je devais y aller, ce prospectus parlant de cette pièce était mon seul indice. Tous mes sens en éveil, j’inspectais les environs. Je ne suivais la scène sous mes yeux que d’une oreille. Mon attention rapidement retenue par un individu au niveau d’un des balcons. Un mauvais pressentiment qui me faisait dresser les poils. Je devais confirmer mes soupçons. Ce fut à ce moment que vint l’entracte. Je quittais alors ma place avec mes affaires.

 

    Je voyageais depuis plusieurs jours à la recherche de celui qui m’avait élevée. Je n’avais pas beaucoup d’indices sur sa localisation. Rapidement, les jours devinrent des semaines puis des mois. Des rencontres sur le chemin. De nouveaux traits de noirs qui venaient encrer ma peau et ce voyage dans mes souvenirs. Une expérience que je n’aurais jamais espéré vivre. Malheureusement, ce pressentiment me rongeait, je n’arrivais plus à profiter et oublier un instant le pourquoi j’étais sur la route. Cependant un jour, une réponse, un ami, une confirmation d’une pensée inavouable. Il n’était et ne serait plus. Une main qui vient s’écraser contre un arbre. Des larmes de sang glissant du membre vers le sol. Des gouttes de tristesse replissèrent les yeux pour s’échouer sur la terre. Pilier effondré. J’avais du mal à trouver l’équilibre.

 

    L’équilibre était difficile à trouver avec les blessures qui me faisaient toujours mal. Elles m’empêchaient de bouger avec fluidité. Mais j’arrivais tout de même à me faufiler sous ma forme animale. Esquivant les humains. Me cachant des regards. Je rejoignais à mon rythme la tribune que j’avais repérée d’en bas. Me glissant pour écouter. Espérant à la fois avoir raison et tort. Concentrant mon attention sur la conversation, je compris. Me retenant de crier, une douleur me serrant le cœur. Des parents ne pouvant pas avoir d’enfants discutaient avec l’individu qui leur en promettait un pour bientôt. Un petit sorcier orphelin ou même une petite initiée trouvée cette nuit même. Des photos dans un petit carnet. Il n’avait pas perdu de temps affichant le petit visage de Mathilda au-dessus d’un « Marie, 5 ans ». Duel intérieur pour savoir le mieux à faire sur l’instant puis décider de suivre. Attendre pour l’instant avant de filer ce personnage aux mœurs incertaines.

 

    Suivre le vent, courir pour remonter le temps puis se chercher. Reculer pour repartir. Trouver un objectif enfouit quelque chose de fort qui bat comme un second souffle. Un mois passé à voyager encore sans un mot. Trouver le bon lieu, un endroit de repos. Loin des bruits, loin de tout. Un coin reculé pour se retrouver. Soleil comme témoin des jours qui défilaient. Puis une soirée. Une étoile. Une boisson. Une transformation. Une douleur gravée. Une marque gardée. L’animal en moi que je cachais s’exprimait en cette lune dégagée. Sous les traits d’un trait mammifère roux, je m’étais changé pour la première fois. Le goût de la liberté…

 

    Liberté de mouvement retirée. Je ne pouvais plus bouger. Quelque chose me bloquait comme une force invisible qui me retenait alors que je marchais en hauteur derrière l’homme. Force qui me fit par la suite tomber au sol. Puis un rire. Dessin dans les airs. Douleur. Partout. Dans tout mon corps. Os reprenant leur taille originelle. Peau s’étirant alors que les poils rentraient un à un. Cicatrices fragiles se rouvrant sous l’effet de la transformation forcée trop rapide. Muscles endoloris et endormis par cette vague de souffrance. Un visage flou s’approchant du mien. Une lumière. Puis plus rien. Le noir, le vide… Juste la douleur…

 

    Retour à la civilisation plus difficile que prévu après des semaines et mois dans la forêt. Des journées à gambader et sauter d’arbre en arbre. À se perdre et simplement profiter de la nature autour de moi. L’envie de reprendre contact, mais chemin en croisant un autre. S’improviser baby-sitter pour garder des jumeaux. Se lier à cette famille et se sentir comme chez soi. Un cocon de sécurité. Puis un nouveau croisement, un retour vers un pilier dans un sens. Un travail à côté duquel je ne pouvais passer. Garde-chasse. Garder une forêt. Celle de l’école. Et parfois croire aux rêves en se réveillant au milieu des animaux.

 

    Mais là le rêve était un cauchemar, quant au réveil, le noir était toujours présent. Une odeur nauséabonde brouillait mes sens. Et des cris martelaient ma tête déjà lourde. Les yeux ouverts, il fallut un temps pour dissiper le brouillard. Une porte de cellule. Je m’en approchais. Ou plutôt j’essayais. Retenue par des bracelets qui me brulaient les poignets. En T-shirt, le froid me faisait hérisser les poils et la peur, grelotter. Je cherchais à comprendre quand une voix se démarqua. « Max » je la reconnaissais. « Mathilda », mais je ne la voyais pas. Je n’eus pas le temps de dire plus. Un nouveau voile sur la vue. Je sombrais de nouveau sans comprendre.

 

    Debout sur le ring, l’illusion était bien réelle. Un reflet au milieu de la foule puis sur la scène. Il jouait. Il riait. Souriait. Je le connaissais sans le connaitre. Une ressemblance frappante. L’impression de se voir. Comme dans un rêve où le miroir entre dans la réalité. Mais ce miroir-là n’était pas une simple hallucination du cerveau fatigué. Il était venu me voir après mon élimination lors de ce riff off. Nous nous étions isolés. Je l’ai laissé parler, avant qu’intérieurement je ne puisse en entendre plus. Trop d’informations. Une famille. Un jumeau. Une mère. Abandon… Laisser une adresse puis fuir… Me réfugier dans un endroit connu. Puis revenir doucement. Accepter de voir la mère. Prendre l’avion. Se faire critiquer. Ne pas être celle attendue. Se sentir de nouveau abandonné. Se perdre dans la forêt. Fuir. Loin. Courir. Sans penser à regarder devant soi.

 

    Ouvrir les yeux. Bouger les bras. Je ne pouvais pas. Attachée à une chaise, je ne pouvais rien faire. Je criais alors. Une main atterrit sur ma joue. Des mots hurlés à mon oreille qui sifflait. Ma vue toujours un peu trouble. Je ne comprenais pas ce qui m’était dit. Seuls quelques morceaux arrivaient à être décodés par ce cerveau endormi de douleur. Ils pensaient que j’étais de la police ou détective. Je répondis que non. La douleur me traversa. Je ne dis alors plus rien. La douleur continue. Comme venant par vague. Je ne savais plus si j’étais consciente ou inconsciente…

 

    Inconsciente, je l’étais. Partir sans prévenir en début de soirée. S’enfoncer dans la partie interdite de l’école. N’écouter que l’animal puis se faire stopper d’un coup de patte. Des griffes s’enfonçant dans ma chair. Rougissant mon pelage roux. Un nouveau coup plus ciblé. M’arrachant un nouveau cri comme un hurlement animain. Mi-animal. Mi-humain. Avoir la vue qui lâche doucement. Alors que les crocs du prédateur se rapprochent. Puis, un grognement. Plus de crocs. Un regard au-dessus. Presque humain. Un battement d’ailes au loin. Yeux vers le ciel pour voir l’ange des rêves, Dream s’envola, emportant son dernier battement. Ma dernière image avant de sombrer de nouveau dans l’inconscience…

 

    Mais toujours une pointe de lucidité. Tête qui tournait. Mais il me fallait agir. Sur l’épaule d’un homme, j’étais transportée. Je vis alors un bout d’espoir dépasser de sa poche. Je m’y agrippais alors qu’il me basculait dans ma cellule. Je m’y agrippais en me roulant en boule pour qu’il ne le voie pas en refermant la porte. Je m’y agrippais de toutes mes dernières forces en repensant à ma famille. Je m’y agrippais fermement en dessinant une simple rune. Je le relâchais quand la boule d’énergie sous la forme d’un brin de lumière partit comme une flèche. Espoir. Tout était entre ses mains.

 

    Mains qui s’appliquaient. Douce voix qui me rassurait. Une boule de poils à mes côtés. Je ne sentais presque plus mon corps alors que la douleur le tétanisait. Les vagues de soins faisaient doucement effet. Je ne me rappelais plus combien temps s’était écoulé dans cette pièce blanche. Un peu trop ou pas assez. Je ne savais pas. Juste le temps pour que mon cerveau trouve bien de se reposer en un lieu connu. Un lieu où l’on pourrait m’aider. Je pris donc quelques jours de repos forcé chez ma belle-mère. Celle retrouvée par hasard. Celle qui avait élevé ma petite sœur. Ma demi-petite sœur. Mathilda…

 

    « Mathilda » à peine éveillée, seul mot que je prononçais. Je sentis une main sur ma joue. Et une autre m’accrocher. Un flash de lumière. Des cris. Des bruits. Une personne qui se blottit. Je la serrais avec le peu de force que j’avais. Je rêvais seulement. Un nouveau flash coloré. Un son particulier. Des runes dans l’air. Incapable de les différencier. Puis une main qui me serre fortement l’épaule. Pas le temps de dire quelque chose. Estomac qui se tord. Tête qui retombe. L’inconscience mon ami tu m’avais manqué.

 

    Discuter et rattraper le temps. Comprendre la réaction d’il y a cinq ans. Découvrir la petite et lui apprendre de nouvelles choses. La laisser jouer avec Rouky, le doux berger allemand et le petit écureuil Zip. Se redécouvrir une famille et en pleurer. Une demande pour les fêtes. Les passer ensemble. Un objectif fixé. Des cadeaux achetés. Un voyage programmé. Belle-mère, filles et animaux dans un même chalet reculé dans la forêt. Cheminée réchauffant l’atmosphère, l’odeur des bons plats dans l’air.

 

    Odeur de chocolat qui me vint aux narines. Un réveil en douceur avec un peu de mal. La fatigue me prenant encore un peu comme la petite qui avait dû s’endormir pendant sa veille en serrant le chien comme un doudou. Sourire aux lèvres en voyant une tasse sur la table de nuit. Je me redressais pour boire la boisson chaude avant d’entourer de mes bras le chien blessé et la petite endormie. Réveillant sans le vouloir les deux. Un petit rire dans l’air venant de l’encadrement de la porte où Dana regardait la scène. Un signe de la tête. Avec Mathilda nous nous regardions sans comprendre.

 

    Quelques grimaces et quelques marches plus tard, devant nous des paquets près de la cheminé. Les deux enfants que nous étions oublièrent alors les événements récents pour s’accroupir, non sans mal. L’émerveillement dans les yeux. De l’innocence dans l’air. Un peu de douceur en ce jour de Noël.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Miroir et Reflet

    La plage. J’y trouvais Miroir. Sans le vouloir, nous étions encore vêtus de la même manière à peu de choses près. Un jean usé et un T-shirt d’un groupe de non-initié pour ma part. Un jean plus clair et un T-shirt d’animation de non-initié pour lui. Une veste en cuir notre indispensable commun avec la guitare. Comme pour le riff off instant de rencontre.

 

    Intérieurement je rigolais. Jumeaux, habillés pareils il fallait le faire. Et pourtant, les points communs étaient multiples, mais le caractère divergeait. Nous nous complétions bien. Je n’avais pas beaucoup parlé avec celui que je prenais pour un ami imaginaire.

 

    Celui qui m’avait attrapé dans la rue à la fin du riff off. Celui qui m’avait raconté mon histoire. Celui que je ne voulais pas écouter mais qui tète avait insisté. Celui qui se disait être mon jumeau. Celui qui me ressemblait comme deux gouttes d’eau. Androgyne, nuance de genre marqué sans l’être de trop.

 

    Je ne voulais pas le croire. Mais certains détails ne mentaient pas. Je l’avais laissé en lui laissant Hope, mon corbeau. Promesse d’une réponse. D’un nouveau contact. Perdue j’avais contacté cette soi-disant mère dont il m’avait donné l’adresse. Dream, joli moyen duc, commençait à se faire vieux pour ce genre de voyage, mais vaillant il était allé en Russie. Je devais avoir des réponses. Trop de questions se bousculaient. Je n’arrivais pas à faire le tri.

 

    Il était revenu. Lettre dans les serres. Les jours d’attentes interminables. Les nerfs à vifs je tentais d’encaisser. Je tentais de faire le tri. Me faire une idée. Et là la réponse. Proposition de rencontre. Mais avant revoir le « frère »… le miroir. Il m’intriguait. Écriture hésitante. Invitation sur la plage. Lieu doux et ouvert à l’abri des non-initiés et du trop de monde. Une heure un peu tardive. Coucher de soleil magnifique en prévision.

 

    Ainsi, j’avançais les pieds dans le sable. Zip, petit écureuil, sur l’épaule. Guitare sur le dos. Debout face à face. Rester sans voix. Ne plus savoir parler. Vérité sautant encore plus aux yeux. Trouver quoi dire. Rapidement. Quelque chose. Silence gênant. Trop gênant.

 

    – Donc toi aussi tu t’appelles Max ?

    – Oui, juste Max. Mais toi c’est Maximilia, non ?

    – Je préfère Max.

    – Max et Max, quelle drôle de coïncidence quand même.

 

    Un temps. Un rire. Le mien. Cela faisait du bien. De rire un peu. De vivre tout simplement. De penser qu’à l’instant. De rencontrer quelqu’un qui pouvait comprendre. Même si je ne le connaissais que depuis quelques heures. Quelques jours. Mais il m’était familier. Très familier. Trop peut-être.

 

    Même gène. Même gestuelle. Même regard fuyant. Le bavard rendu muet. L’extraverti devenu introverti. En y repensant, cela devait être assez marrant à voir de l’extérieur. Un miroir. Un ami imaginaire pas si imaginaire. Une parole… trouver une idée…

 

    – Je vois qu’on a la même aisance pour discuter. Mais miroir je t’ai vu chanter.

    – Miroir ?

 

    Les mots s’étaient emmêlés. Gêne supplémentaire. Je ne savais quoi faire. Une espèce de surnom qui était de sortie. Miroir, cela lui allait bien. Un miroir plus coloré. Plus enthousiaste. Plus vivant. Plus fort. Innocent. Insouciant. J’allais envie de le protéger. Mais changeons de sujet…

 

    – Ce n’est rien. Tu ne veux pas plutôt jouer ?

    – Découverte en musique…

    – … les mots sont parfois inutiles

 

    Un rire. Commun. Assis sur cette plage. Il était plus vif. Déjà à gratter sa guitare, la mienne encore dans son étui. J’avais bien fait de la prendre. Je le suivais dans les accords. Lui laissant chanter les paroles. Simple accompagnement. Un sourire aux passants. Comme une invitation…

 

 

Joie et la Bibliothèque (2/2)

    Morgane vient de partir. Il me reste à me préparer. Mais avant finissons ce gâteau. Il manque encore quelques petites décorations ici… Parfait. J’espère que cela plaira aux nouveaux. J’ai hâte d’y être. C’est un grand événement quand de jeunes personnages font leur apparition. Avec la multitude de bibliothèques, ce n’est plus si souvent de voir arriver des personnes par notre portail.

 

    L’Histoire des histoires nous a appris qu’à l’origine, il n’y avait qu’un seul point de passage entre l’esprit des auteurs et notre monde. C’est ainsi qu’est née la Bibliothèque, la première ville dont les habitants étaient des marionnettes sans marionnettistes. Mais au fur et à mesure, elle est devenue trop petite. Les chercheurs ont appris à faire de nouveaux portails. Et finalement, certains sont partis construire une nouvelle bibliothèque puis une autre et encore une. Aujourd’hui, les portes entre les mondes sont reliées par un quelque chose de mystérieux qui envoie les êtres qui les traversent pour la première fois vers la Bibliothèque qui leur correspondra le mieux. Comme si elles savaient lire dans les pensées et dans l’avenir. Une drôle de magie ou plutôt technologie comme diraient les chercheurs. Mais avec la multiplication des villes et des portails, l’arrivée de nouvelles têtes se faisait plus rare. C’est pourquoi chez nous, nous organisons une grande fête…

 

    D’ailleurs en parlant de fête, quelle heure est-il ? Il me reste peu de temps pour me préparer si je veux arriver en avance avec le gâteau. Vite, direction la chambre.

 

    Je lance sur une chaise mon tablier et commence à retirer ma chemise couverte de farine en me dirigeant vers ma chambre. Je fouille dans mon placard à la recherche de quelque chose à me mettre. Non, pas cette robe. Il fait trop chaud pour ce pull. Non, mauvais thème… Je crois que j’ai trouvé… Je me dépêche d’enfiler mon chemisier avec un autre jean. Puis un rapide coup d’œil dans le miroir pour replacer ces cheveux indisciplinés sans succès. Ce n’est pas bien grave.

 

    J’attrape mes clefs et le gâteau avant de quitter la petite maison-livre. Direction la grande salle. Je marchais d’un pas pressé en faisant attention de ne pas renverser le dessert dans mes bras. Il est sous une cloche un peu trop grande qui me cache un peu la vue. Heureusement que je sais où je dois aller. Plus que deux virages et je suis arrivée…

 

    Mais quelques notes attirent mon attention. Un quelque chose d’un peu inhabituel. Je m’arrête un instant. Ai-je le temps de faire un petit détour ? Je n’ai pas pensé à prendre ma montre. Je dois bien avoir quelques minutes d’avance et si…

 

    – Non Joyce tu dois rester concentrée…

 

    Petite voix à peu audible. De moi pour moi-même. Mais il est trop tard. Bien décidée à connaitre l’origine de la musique, je la suis au travers de ce dédale de rues. Un labyrinthe fait de livres. Une Bibliothèque où il est si simple de se perdre sans fil d’Ariane. Le mien est musical. Je sais où aller. Je marche sur les notes qui sont de plus en plus distinctes. Elles vibrent dans une douce harmonie et une voix vient timidement s’ajouter à la mélodie. Un magnifique duo. Instrument et voix.

 

    Je ne dois plus être très loin. Soudain, le titre d’une maison attire mon attention, « Max & Max ». Je ne me souvenais pas qu’il y avait des jumeaux par ici. Étrange. À moins que cela ne soit deux amis. Mais à voir les deux ombres qui entourent la porte, je penche plutôt sur l’hypothèse des jumeaux. D’ailleurs, j’aime beaucoup la couverture du lieu. C’est fou ce qu’on peut faire avec un peu d’imagination. Cela me donne presque envie d’aller toquer à leur p…

 

    L’horloge. La grande horloge sonne. Mince la fête, je vais être en retard ou plutôt… je suis en retard. Je commence alors à rebrousser chemin en courant. Je tente de me souvenir du titre des livres croisés sur le chemin et des noms des allées. Je ne fais pas trop attention. Bousculant sans le faire exprès une dame. Manquant de tomber plus d’une fois. Demandant quelquefois mon chemin pour être sûre de ne pas arriver beaucoup trop tard. Pourquoi avais-je fait ce détour déjà ? Ah oui la musique. D’ailleurs, je ne l’entendais plus. Cela me rend un peu triste. Et si elle n’était que l’objet de mon imagination ? Non, j’ai bien entendu cette mélodie.

 

    Mélodie qui revient. Le son se rapproche alors que je me rapproche de mon but. La même chanson. La même douce voix. Je franchis le seuil de la grande salle. Dans le fond, sur la scène, les deux nouveaux sont là. Ils jouent. L’un au violon, le second à la guitare proche du micro. Un drôle de duo très doux. J’en oublie presque le gâteau dans mes bras qu’on me retire alors que mon esprit se perdait dans les notes de musique.

 

    Un instant, revenir sur Terre. Morgane soulève la cloche et râle un peu au loin. Oui, j’ai du retard. Mais, je n’entends pas de voix. Je me laisse, juste, facilement distraire. Cependant, qui ne laisserait pas son esprit se perdre un peu de temps en temps. Qui ne profiterait pas d’un peu d’avance pour faire un détour simplement pour le plaisir d’entendre quelques notes de plus d’une mélodie qui se perd dans les rues d’une grande ville ?

 

 

 

 

     

 

 

 

 

 

 

 

 

Rêve ou Réalité ?

    Les vacances. Ou plutôt un simple weekend. Hors du temps. Hors du travail. Loin des responsabilités. Mais aussi loin de mon chez-moi, de mon chalet. Je prendrais le temps de rentrer dans mon petit nid douillet canadien lorsque le séjour sera plus long. Et puis je n’avais pas vraiment la tête aux transports. Encore et toujours des gens. Je préférais rester à m’évader dans les environs. Enfin, j’avais quand même dû prendre train et avion pour aller me perdre dans la forêt Islandaise.

 

    Deux jours. Une nuit. Seule. Un besoin d’air frais. Dans la nature perdue de cette île. Dans la nature je me détendais. Hors du bruit de la civilisation. Dans ce pays que je n’avais visité qu’une fois. J’avais besoin d’un break. Mais je ne pouvais pas me permettre de m’absente trop longtemps surtout en période de cours. J’espérais pouvoir retrouver mon chemin.

 

    Un simple weekend organisé en début de semaine. Une jeune amie que j’apprécie beaucoup. En qui j’avais toute confiance, s’occupait de ma ménagerie. Je lui avais confié mes clés. La douce Aurore était vraiment adorable. Elle avait toute de suite accepté quand je lui avais demandé. Je ne savais d’ailleurs toujours pas comment j’allais la remercier de jouer les baby-sitters. Enfin je lui avais juste spécifié qu’il fallait sortir le duo infernal et que les autres faisaient un peu leur vie. Surtout les volatiles et les deux petits. Une seule condition posée par la jeune fille : pouvoir rester travailler dans la cabane. J’avais souri et approuvé. Même si je me demandais comment elle allait pouvoir se concentrer avec tout ce petit monde. Petite pensée pour elle, avant de partir le cœur plus léger vers ces nouvelles contrées.

 

    Écureuil gambadant. Je m’enfonçais toujours un peu plus. J’allais vers les coins les plus reculés. Sans savoir quel chemin emprunter. Cette forêt semblait cacher mille et un secrets. Je n’avais que deux petits jours. Je devais en profiter. Je courrais à en perdre haleine. Je courrais à en perdre la raison. Ne plus penser. Ne plus réfléchir. Laisser ces pattes me guider. Laisser ce petit corps vivre. Ne serait-ce qu’un moment, qu’un instant hors du temps.

 

    Fermons le livre.

    Posons la plume.

    Respirons.

    Inspiration.

    Expiration.

 

    Une feuille volatile. Des mots plus légers. Les voilà qui se dessinent sur les lignes de mes pensées. Les soucis effacés. Dans la cabane, laissée. Les problèmes oubliés. Dans la maison, restés. Juste un bref répit. Un instant par ici. Apprenez-moi à rêver de nouveau. Aidez-moi à me ressourcer. J’avais besoin de repos. Retrouver un sens à mes pensées. 

 

    J’avançais sans but. Pour le simple plaisir, de voir défiler autour de moi la nature dans son immensité. Pour le moment, je ne prenais pas le temps de l’observer dans le détail. M’éloignant de plus en plus de la ville. M’isolant encore et encore. Seule, cela faisait longtemps que je ne l’avais pas été réellement. Même si je savais que dans le ciel, un animal veillait toujours sur moi à distance. Il ne me lâchait pas. Même quand je lui avais rendu sa liberté. Il ne m’avait jamais abandonné. Un animal parfois plus compréhensif que certains humains. Et je ne doutais en rien de sa capacité à me comprendre. Comme Zip, petit écureuil malin, il savait quand cela n’allait pas. Mais il ne pouvait pas toujours être là. Peut-être me suivait-il. Peut-être était-il là-bas. Je ne savais pas. Je n’y pensais pas.

 

    D’un coup, je grimpais dans un arbre. Reprendre mon souffle sur une branche. Je pris alors la peine de détailler les environs. Analysant chaque buisson. Cherchant à deviner quel animal pouvait s’y cacher. Quelle créature n’avait pas remarqué ma présence. Certes sous cette forme, je passais inaperçue. Mais certains n’étaient pas dupes. L’odeur sûrement différente me trahissait. Un humain ne sera jamais complètement animal. Même si dans le fond nous étions des animaux. Pas les plus évolués sur Terre. Beaucoup diront le contraire. Cependant, chaque jour de nouvelles découvertes. Demain, peut-être, une intelligence supérieure. Cela fait peut-être un peu peur. Mais je n’aimais pas ce statut privilégié que se donnaient les hommes. Au-dessus de tout et de tous. Pourquoi ne pas marcher main dans la main au lieu de jouer au dominant dominé ?

 

    En parlant d’être vivant, le prince de la forêt venait de faire son apparition. Un mélange de plumage et de pelage. Un blanc étincelant. Hypnotisant. De loin je l’admirais. Il semblait jeune. Mais il s’imposait. Se reposait près d’un arbre. Par politesse, je grimpais un peu plus haut sur le mien. Se rapprocher sans déranger. Juste le toucher du regard d’un peu plus près, cet être au croisement de deux espèces. Hybride de la nature. Mythe chez les non initiés. Mais les mythes n’avaient-ils pas leur part de vérité ? L’histoire d’un Minotaure, d’un cerbère ou d’une fée ? Des animaux fantastiques et créatures magiques. Dans le monde initié, on pouvait les retrouver. Mais le secret de leur existence, empêchant les non-initiés de les étudier. Il était intéressant de noter que la cryptozoologie s’intéressait à ses espèces sans pouvoir prouver leur existence. Une science aux allures de zoologie magique. Malheureusement, rien ne pouvait être démontré et certains de ces savants passaient leur vie à chercher. À juste espérer pouvoir un jour comme moi s’approcher, d’une créature des contes de leur passé.

 

    Le jeune péritio semblait dormir. Allongé. Seul. Je tentais de faire le moins de bruit possible lorsqu’au-dessus de son arbre j’arrivais. Petits pas. Petits pas. Juste des petits pas. Discrétion. Ne pas tomber. Juste profiter de cet instant privilégié. Une couleur attira alors mon regard. Un volatile qui se posa à deux trois branches de là. Une seconde déconcentrée, je faillis chuter. Se rattraper au dernier moment. Se retenir de sortir un son de protestation. L’être volant était loin d’être un oiseau. Un petit ingénu qui se rapprochait de moi. Fée maline égarée. Sûrement échappée d’un repaire ou alors a-t-elle voulu respirer un autre air. Pauvre petit écureuil qui peinait un peu à remonter sur sa branche. Peu de prises à disposition. Mon regard croisa le sien. Non elle n’allait pas oser. Pas maintenant. S’il vous plait.

 

    Elle était beaucoup trop près. Qu’allait-elle faire ? Ne pas m’aider j’en avais bien peur. Elle tournait autour de moi. Je n’osais plus bouger. Elle n’était pas beaucoup plus petite que l’écureuil que je suis. Si seulement je pouvais me transformer. Mais ma position actuelle ne me le permettait pas. Je ne pouvais pas faire grand-chose. Je finis par craquer et tenter de nouveau de remonter avant que mes petits bras ne cèdent. Et que je tombe conséquence inévitable du manque d’accroche et de la gravité combinés. Cependant la bestiole en décida autrement. Détachant mes pattes de l’écorce. Me maintenant une seconde avant de lâcher. Je l’imaginais déjà rire. Un rire sadique. Espèce de petite fée maléfique ! 

 

    Je ne pouvais rien faire à part espérer atterrir dans un buisson. Je ne pouvais pas reprendre forme humaine maintenant. Je risquais de toucher le sol avant la transformation complète. Je fermais les yeux. Des souvenirs défilaient. Je revivais cet instant. Celui où je m’étais fait rattraper par le froid de l’hiver. Ce rêve aux apparences bien réelles. Qui m’avait fait cogiter. Empêcher de dormir plusieurs nuits. La chute m’avait un peu handicapée un temps. Mais maintenant, alors que tout allait mieux. Je tombais une seconde après. Qu’allait-il m’arriver cette fois ?

 

    Un amorti. Un peu de douceur. Je reprenais doucement mon souffle. Mon cœur faillit rater un battement. Un support doux. Et blanc… Blanc ? Il n’y avait pas de neige en cette période de l’année. Soudain, le sol de porcelaine bougea. Je chutais de nouveau. Dans l’herbe cette fois. Un bruit. Un son. Un animal mécontent. Je n’avais plus le temps aux réflexions. Prise malgré moi dans l’action. Une patte de cerf s’abattant violemment. Une patte d’écureuil touchée. Plus de peur que de mal. Mais heureusement la patte ne semblait point casser simplement douloureuse. Conséquence du choc. Un beau bleu le lendemain ornera ma peau. Mais l’heure n’était pas à ces pensées-là. L’attaque continuait. Je me retenais de crier. Je tentais de me calmer. Analyser la situation. Un membre en moins mouvements ralentis. Il me fallait trouver une porte de sortie.

 

    Un terrier non loin de moi. Je sautais m’y réfugier. Espérant. Priant pour qu’aucune créature malfaisante ne s’y trouve. Que le propriétaire des lieux soit absent. Juste l’espace de cet instant. Je semblais avoir de la chance. Aucun bruit venant du fond. Cachée. Je ne bougeais plus. Je m’en voulais de m’être fait avoir par l’être de lumière sombre. Je cherchais une solution. Il ne me laissera pas partir comme cela. Je ne voulais pas fuir non plus. Une idée me vint alors. Se résigner à s’offrir au jeu du sort. Bonne ou mauvaise situation-là n’était pas la question. Allais-je rentrer en un morceau ? Seul le prince avait la réponse. Il semblait s’être éloigné. Je passais alors une tête hors du terrier.

 

    Il tournait. Il virait. Cherchant qui l’avait importuné durant sa sieste sûrement bien méritée. Jeune petit ne pouvant deviner à quel point j’étais désolée. À quel point je m’en voulais ! Déranger quelqu’un, animal ou humain, n’était pas une chose que je faisais souvent. J’hésitais. Le regardant son regard semblant énervé. Je me décidais donc d’assumer. De m’excuser. Sortant de ma cachette. Transformation devant l’animal. Passage de l’écureuil à l’humain rapidement. Tête baissée. Révérence. Main tendue. Paume vers le haut. Je m’inclinais devant le fils souverain des lieux.

 

    Alea jacta est

 

    Pile ou face. Je tentais de garder une allure neutre. Les dés étaient lancés. Une chance sur deux. Pourtant, restant honnête avec l’animal, je n’approchais pas ma main de ma poche. Je n’attrapais pas d’arme. Rien pour me défendre. Majesté suivant les livres sensibles à la politesse. J’entendais un sabot cogner le sol. Se rapprocher. Doucement. Tout doucement. Une ombre au-dessus de moi. Surtout ne pas bouger. Elle recula. Puis s’avança de nouveau. L’animal m’avait répondu d’une révérence. Ses bois me frôlant légèrement. Ne voulant le défier du regard. Je ne me maintenais pas le mien longtemps. Gardant un regard doux et un peu fuyant. Peur de déranger de nouveau. Puis soudain. La magie apparue.

 

    Un museau se posa dans ma main. Je relevais la tête. Doucement. Le prince. Les yeux fermés venaient à sa manière de me pardonner. Un sourire sur mes lèvres. Je n’y croyais. Certainement un rêve comme celui de l’autre fois. Je commençais à caresser son plumage. Puis son pelage. Le regardant. L’admirant de près. Gravant en ma mémoire chaque seconde de ce moment. Imprimant son image sur la page. Je ne saurais dire combien de temps nous restâmes ainsi. Discussion silencieuse. Pas un bruit. Aucun animal venant couper le dialogue. Aucun humain venant arrêter l’instant complice et doux. Tout semblait s’être arrêté autour de nous. Une bulle. Une rencontre surprenante. Un dialogue dans des gestes. De simples caresses. Une accolade. Sa tête par-dessus mon épaule.

 

    Ce fut lui le premier à rompre le contact. Quelques pas en arrière. Je compris rapidement. Une dernière révérence mutuelle. Je le regardais s’éloigner doucement. J’eus un peu de mal à revenir à la réalité. Je continuais de rêver. Écureuil de nouveau transformé. Je continuais de m’évader.

 

    Une forêt aux mille merveilles

    Des rencontres au hasard

    Quelques heures puis le réveil

    Le retour au travail

    Demain la réalité

    Laissez-moi encore un peu rêver

 

    En attendant, je profitais du moment. D’être encore à mi-chemin entre le rêve et la réalité. J’en profitais pour ne plus penser. Juste admirer. M’étonner. J’avais encore des choses à découvrir. Peut-être recroiserais-je un jour le prince de la forêt. Pour l’heure, l’écureuil semblait voler. Porter par l’espoir. Les pensées libérées.

Joie et la Bibliothèque (1/2)

    Ajouter quelques décorations, peut-être un peu plus de sucre glace…Mince maintenant il y en a trop d’un côté, tant pis j’en remets encore un peu. Oh et si je mettais les étoiles que m’a donné Clara, c’est joli les étoiles. Cela fait l’effet de paillettes, je me demande bien ce qu’elle avait pu mettre dessus pour avoir ce reflet si unique dans lequel je me perds beaucoup trop facilement. C’est normal qu’un gâteau puisse avoir cet effet miroir? Personne n’osera le manger, il est trop beau, enfin surtout les décorations qui sont dessus. J’en ai peut-être mis beaucoup d’ailleurs, je devrais m’arrêter avant que cela ne soit trop chargé. J’espère que cela plaira au petit nouveau. Et à la nouvelle aussi. C’est vraiment chouette cela fait longtemps que…

 

    Attendez…

 

    Depuis quand êtes-vous ici à m’écouter? C’est pas très poli d’espionner les gens sans prévenir surtout quand ils font un super gâteau surprise de bienvenu. Pourquoi de bienvenu? Figurez-vous qu’hier deux nouveaux ont franchi le portail. Ils étaient tous déboussolés. Au début, ils avaient vraiment du mal à parler et agir normalement.

 

    Je me souviens quand je suis arrivée cela a été un gros choc. Imaginez-vous vivre une aventure fantastique dans un univers unique et d’un coup d’un seul, vous vous retrouvez devant des tonnes de livres face à deux chevaliers de la table ronde qui gardent le portail. C’est un peu perturbant mais c’est comme cela que les arrivées dans la Bibliothèque se déroulent. Au début, c’est difficile de savoir qui on est et pourquoi on se retrouve ici. Puis, avec le temps, on se détache du personnage que nous incarnons pour être nous.

 

    Je vois votre air un peu perdu…Je suis peut-être allée trop vite. Cela doit être la première fois que quelqu’un vous parle de la Bibliothèque. A vous voir, j’ai l’impression de me retrouver face aux nouveaux d’hier quand j’ai dû leur expliquer l’histoire de la ville. D’ailleurs en y repensant c’est assez drôle de parler d’histoire et pas des histoires pour parler de la ville. Je m’explique…

 

    Nous vivons dans ce qu’on appelle, la Bibliothèque, c’est une grande ville composée de livres qui varie en fonction de l’imagination des auteurs qui se perdent un peu trop et qui atterrissent chez nous par mégarde. Ce lieu n’est pas uniquement réservé aux personnages, nous avons de temps en temps des enfants de passage dont les rêves les guident jusqu’ici le temps d’une nuit puis ils repartent à leurs vies. J’adore les enfants, ils ont une vision si belle du monde qui nous entoure. Ils le voient au travers de yeux tellement innocents et avec leurs mots et leur vision ils peuvent tout rendre si incroyable. J’aime me plaire à me dire que je resterai toujours une enfant. Je n’ai pas vraiment envie de grandir. Je suis un peu comme mon voisin dont j’oublie souvent le prénom mais vous devez le connaitre. Il a un chapeau vert et il n’arrête pas de parler de poussière de fée et de la deuxième étoile. Je me perds encore, je suis désolée… Où j’en étais déjà? Ah oui…

 

    La Bibliothèque accueille les personnages des divers récits. Lorsque vous écrivez une histoire en tant qu’auteur, vos personnages ont beaucoup de chances d’atterrir ici ou dans une autre Bibliothèque voisine. Comme si la vie que vous connaissez des personnages de fiction n’était que fiction et qu’ici ils pouvaient commencer une vie dont la fin n’est pas définie par une plume. Parfois il est compliqué quand l’on vient d’arriver de se faire entendre dire que la vie que l’on a eu n’est pas vraiment une vie mais est seulement une histoire. Il y a souvent des débats au sein de la ville sur le sujet. Est-ce que l’on doit prendre compte de notre vie d’avant ou non? Est-ce que lorsqu’on rejoint l’auteur pour un nouveau tome, une nouvelle aventure, est ce notre histoire ou juste une sorte de travail que l’on fait? Tant de questions et tout autant de réponses, vous devriez aller voir nos philosophes ils sont plus calés que moi dans ce domaine.

 

    – Joyce, dépêche-toi on a besoin de ton aide pour finir les préparatifs

    – J’arrive Morgane…

 

    Je suis vraiment désolée cher lecteur mais le devoir m’appelle. On doit finir de préparer la surprise pour les nouveaux, c’est important de bien les accueillir, c’est un peu comme s’ils faisaient partie de la famille. Peut-être à une autre fois, quelque chose me dit que nous allons bientôt nous recroiser à nouveau.

 

 

 

     

 

 

 

 

 

 

 

 

Un lutin du temps

    Cher petit lutin du temps,

 

    Une année de plus se termine. Une année qui a été riche autant dans le positif, que le négatif. Une année où les couleurs se sont mélangées, parfois effacées, parfois elles sont revenues. Des flaques de peinture sur le tableau. Des gouttes multicolores. Tu t’es amusé cette année. Tu as joué avec des couleurs, avec ta palette, avec toutes les nuances à ta disposition. Il y a des jours où tu teintais le tableau de gris. D’autres où, tu lançais une explosion de couleur en faire parfois mal aux yeux. Parfois, c’était aussi le juste milieu. Un doux équilibre. Des couleurs pastel. Des couleurs douces. Des couleurs chaudes, mais aussi des froides.

 

    Tu vivais avec tes couleurs comme si chacune apportait une mélodie. Tu as joué. Le tableau comme une partition. Chaque couleur, un instrument. Chaque teinte, une note. Et lorsqu’on le regarde dans son ensemble. Lorsqu’on regarde son évolution, on peut le voir qui se dessine et qui se meut. C’est tableau de la vie. Tu le fais vivre à ta manière. Tu le fais avancer. Tu le fais évoluer. Tu le fais grandir. Il est riche. Et même si parfois le gris est plus présent que la couleur, cette dernière est toujours là dans un petit recoin, dans un sourire, dans une étoile, dans une fleur, dans un rayon de soleil, dans un animal, dans une personne, dans une étreinte, dans un compliment, dans un mot, dans un son, dans une odeur… La couleur est toujours là malgré elle. Elle est toujours présente. Elle danse. Elle danse sur ce tableau, même quand elle n’y est pas invitée. Elle est l’espoir que même si le gris est présent, elle viendra le couvrir à son rythme.

 

    Petit lutin, tu fais passer le temps parfois trop vite, parfois trop lentement. Il y a rarement de juste milieu. On ne le trouve pas souvent. Il y a des jours, où j’aimerais que le temps passe plus vite. D’autres, où j’aimerais le ralentir pour pouvoir graver un instant dans ma mémoire, pouvoir le photographier, l’imprimer, le fixer au plus profond de mes souvenirs. J’aimerais pouvoir figer certains instants, les garder, les transformer en couleur pour les ressortir à d’autres moments.

 

    Petit lutin, grâce à toi cette année j’ai pu me faire une belle étagère de fiole de couleur. Ou plutôt une belle étagère de souvenirs. J’espère que l’année prochaine ce stock de couleurs ne sera que plus grand.

 

    Petit lutin j’aimerais beaucoup cette année pouvoir apporter quelques fioles de couleurs aux personnes qui le désirent. Des fioles comme des fragments de souvenirs, de moments de joie, de douceur, de bonheur… Des fioles qui pourraient éclairer une route un peu assombrie. Souvenir d’un sourire, d’un compliment, d’une odeur, d’un câlin, un film, d’une musique, d’un goût… Quelque chose de simple. Quelque chose qui parle à tous. Un doux souvenir. Une douce mélodie. J’espère que tu pourras leur offrir.

 

    Cher petit lutin, je te souhaite une merveilleuse année ou plutôt une merveilleuse continuité. Le temps est continu même si parfois il fait des cycles. Il s’avance sans reculer. Il nous apprend à regarder de l’avant et nous apprend à grandir. Et toi, toi, tu l’éclaires de ta couleur et de tes notes.

 

    Plein de souvenirs. Plein de fioles. Plein de couleurs et de douceur. Belle année à toi, petit lutin coloré.

Un lutin à écharpe

    Il était une fois, au milieu du Grand Nord, reculé du monde, une grande maison. Dans cette maison vivait un homme à la longue barbe blanche et au manteau rouge. Vous voyez sûrement de qui je veux parler. Cependant notre histoire ne sera pas autour de ce personnage. Il faut vous pencher un peu. Tendre l’oreille et porter un œil attentif aux différentes pièces. Peut-être ainsi vous verrez, courir un peu partout, des petits êtres. Vous savez, ceux à la peau un peu pâle ou multicolore quand ils viennent de tomber dans un pot de peinture. Un peu maladroit, un peu boudeur, travailleur, mais avec un très grand cœur.

 

    Un peu, comme les petits êtres bleus, mais la maison remplace la forêt. Des sucres d’orges, mais pas de salsepareilles. Ils ont eux aussi un bonnet, mais vous pouvez les trouver de toutes les couleurs avec souvent en son bout une clochette qui permet de les repérer. Pas de grand méchant par ici. Ni de chat au rire démoniaque. Seulement un gros félin, qui aime un peu trop les câlins et se prélasser devant la cheminée.

 

    Si vous déplacez un livre dans la bibliothèque, vous accèderez au village. Un endroit un peu tordu où les maisons sont toutes uniques, reflétant la personnalité du propriétaire. Non loin de ce lieu un petit tunnel. Ce dernier mène à l’atelier, là où les rêves des enfants prennent vie. Là où les lettres arrivent par centaines et où les petits êtres s’affolent.

 

    Un jour, un nouveau petit lutin arrive à la maison du père Noël. Il est un peu perdu. Mais on lui fait rapidement une place pour qu’il puisse s’installer en lui laissant libre accès à l’atelier pour qu’il ait le choix dans les décorations. Il devait personnaliser son lieu de vie. Une sorte de petit rituel dans ce village peu ordinaire. Une manière de se présenter aux autres sans un mot.

 

    Il range rapidement ses affaires dans le petit placard et part à la recherche de quelques babioles. Il ne sait pas encore quoi faire. Mais il espère qu’en se baladant il trouverait son bonheur. Il tombe alors sur un harmonica. Il le met dans sa poche et continue sa visite et chasse aux merveilles.

 

    Après avoir ramassé et négocié quelques objets, il se retrouve les bras bien pris. Il ne sait plus très bien où aller. Ni s’il arrivait à rentrer chez lui. Soudain, il sent que le poids sur ses bras diminue et que la vue lui revient un peu, juste assez pour voir le chemin. À ses côtés, un lutin avec une grande écharpe jaune et noire porte l’un de ses cartons de bidules.

 

    Sans un mot, il le suit. Le lutin à l’écharpe semble connaitre le chemin et rapidement, ils se retrouvent sur le seuil de la maison du plus jeune. Ce dernier n’a pas le temps de poser ses affaires pour remercier son bienfaiteur comme il se doit qu’il est déjà reparti. Il est un peu triste. Il voudrait le remercier. Il se demande s’il le reverra tout en commençant à installer les décorations.

 

    Tout à coup, il entend une musique ou plutôt juste un instrument et une voix. Il s’arrête dans son travail artistique et va voir en extérieur. Il trouve l’origine du son chez son voisin. Il est assis sur le pas de sa porte et joue d’une toute petite guitare. Un ukulélé. Il chante puis change les paroles pour s’adresser à son nouveau voisin. Il lui indique que le lutin à l’écharpe est bien connu du quartier. Le rayon de soleil de la bibliothèque. Il brille très fort, mais il est difficile de l’attraper.

 

    Le petit discute avec le chanteur un moment puis lui demande une simple chose « si tu pouvais lui dire une chose, tu lui dirais quoi ? ». Le chanteur lui demande alors de repasser un peu plus tard le temps de l’écrire et le plus jeune commence alors son tour du quartier. Guidé d’une maison à l’autre par le propriétaire précédent. Récoltant dans un carnet des phrases, des textes, des mots. De simples captures d’instant, de souvenirs, de compliments, des mots. Sincères et honnêtes.

 

    Il arrive chez lui pour faire à son tour un mot. Et au moment où il va pour partir son voisin lui glisse dans les mains une nouvelle page à ajouter. Le petit se rend alors chez l’Écharpe. Il est un peu timide quand il toque à la porte. Il ne sait pas si on lui ouvrira. Il n’a peut-être pas toqué assez fort. Il dépose alors le livre sur le tapis. Puis laisse simplement la magie s’emparer de l’instant…

Peluche ou Guimauve ?

    Feu de cheminée. Quelques décorations. Un repas bien entamé. Trop grande était la ration. Réveillon en solitaire. Commençant à avoir l’habitude. Une nouvelle fête sans le père. Moment de solitude. Sans famille proche. Un nouveau Noël, isolée. Le temps faisait son effet. Je ne craquais plus. Ou du moins je me retenais. Vacances à l’école où j’étais gardienne, souvenirs de dernière année. Dans la cabane, réfugiée, j’observais, par la fenêtre, les jeunes se balader. Tandis que je m’apprêtais à sortir, pour digérer.

 

    Gardien de la forêt en action. Écureuil bondissant d’arbre en buisson. Manquant de glisser quelques fois sur les branches gelées, des êtres ayant perdu leurs attraits familiers. Le vert de la nature remplacé par le blanc de l’hiver. Je commençais à prendre mes marques. Dans ce labyrinthe où chaque recoin se ressemblait. Je mémorisais les détails qui transparaissaient. Mais avec cette couverture de neige, le tableau se modifiait. Chaque détail qui semblait acquis ne l’était plus.

 

    Et dans ce joli paysage, je me perdis. Malgré mon pelage, le froid me saisit. J’avais du mal à avancer. Pourquoi avais-je quitté mon nid douillet ? Fragile, je me sentais vaciller. Pas lourd. Difficile d’avancer. Sur une branche plus massive, je voulus me poser. Reprendre mon souffle, quelques instants. Je sautais. Visant mon objectif. Visualisant mon but. Griffes touchant l’écorce. Pattes glissant, amorce. Chute non prévue. Frigorifiée. Pas le temps de me retransformer. Une seule pensée. Un buisson. Un tas de neige pour me sauver.

 

    Un choc. Monde tournant. Tout vêtu de blanc. Seule couleur dominante. Avant que le noir prône. Marque sombre. Roi sur son trône. Perte de connaissance. Une absence. Des souvenirs oubliés. Des pensées embrumées.

 

    Douce odeur. Chatouillant mes narines. Une sensation de chaleur. Réchauffant mon cœur. Mon corps glacé, toujours engourdi. J’ouvris lentement les yeux. Lumière des premiers rayons du soleil. Légèrement visible au travers de la paupière mi-close. Vision quelque peu perturbée. Un peu floutée. Adaptation au changement rapide. Conséquences de la chute imprévisible. Plafond au-dessus de moi. Où était passé le ciel de la dernière fois ? 

 

    Tête lourde. Corps las. Difficile de se redresser. Regard toujours affecté. Droite puis gauche. Je ne connaissais en rien ce lieu. Chambre d’enfant au premier abord. Souvenir d’autrefois remontant. Une maison de bois dans un coin. Ce qui ressemblait à des peluches dans un autre. Un simple bureau, près d’une fenêtre. Qui éclairait la pièce. Une douce harmonie se dégageant. Dans les couleurs, dans la disposition tout semblait familier et différent à la fois.

 

    Tu ne peux rien voir. Une mise au point s’impose. Tu ne peux la faire. Cette pièce tu connais le propriétaire. Des jouets familiers. Tu ne peux le remarquer. La photographie d’un père et sa fille. Coïncidence. Pour toi tout restera abstrait. Et moi petite voix. C’est là la dernière fois que tu m’entendras.

 

    Je levais une main à mon visage. Frotter les yeux pour être sûre de bien voir. Ne pas rêver. Quand soudain une drôle de vérité apparut. Les doigts longs et fins n’étaient plus. A leur place un amas de tissus. Une forme marron et blanche. Une séparation par un fil de trois bouts liés. Phalanges collées. Mouvement de main impossible. Mais qu’avais-je dessus ? Je voulus ouvrir la bouche. Attraper entre mes dents ce qui pouvait être un vêtement. Cependant un problème se posa. Impossible. Comme si les lèvres étaient cousues main.

 

    Un mauvais pressentiment. La panique montant. Je tentais de me lever. Déséquilibre amorcé. Écroulement sur l’oreiller. Oreiller ? Il faisait ma taille. Quelle était donc cette sorcellerie ? Un nouvel essai un peu plus maîtrisé. Ou du moins je le croyais. Mouvement de balancier. Glisser. Rouler. Tomber. Me voici sur un… tapis. Je n’étais plus sûre de bien nommer les objets. La notion de taille non respectée. Les détails absents, vision déficiente.

 

    Je n’avais pas eu mal. Étrange. Chute de deux fois ma taille. Comme si le choc avait été amorti. Comme si…

 

    Tout à coup, quelque chose m’attrapa. Me saisit. Me porta. Le sol s’éloignait. Je tentais de me débattre. Autant que je le pouvais sous cette apparence de… Je ne savais même pas à quoi je ressemblais. Ce qui était certain. Pas d’animal. Pas d’humain. Forme imprécise. Inconnue des livres sur les vivants. Nouvelle espèce peut-être.

 

    – Mais pourquoi tu bouges nounours ?

 

    Petite voix anonyme. Appartenant à ce qui me tenait. Ou plutôt ce qui me déposait. Je pouvais enfin voir ce qui était… Ou plutôt qui était-ce ? Une jeune fille. Cheveux couleur nuit. Deux émeraudes brillantes. Curiosité visible. Innocence de l’enfance. Un sourire aux lèvres. Je ne compris point sur l’instant. Jusqu’à ce qu’en me retournant. Sur ce bureau. Face à un miroir, je me retrouvai. Et là, mon monde bascula. Je n’en revenais pas.

 

    – Dis nounours ? Tu sais parler aussi ?

 

    Tournant. Encore et encore. Je ne l’écoutais plus. À quatre pattes, j’étais stable. Maintenant je comprenais. Dans un corps de doudou. D’ourson blanc j’avais atterri. Par je ne sais quel enchantement. Un museau. Une bouche cousue d’un simple fil noir. Je ne pouvais dire un mot. Léger déséquilibre à présent compréhensible. Rembourrage par endroit manquant à l’appel. Il semblait avoir du vécu ce petit ours polaire.

 

    De nouveau face à l’enfant. Je levais les pattes en guise de réponse. Avant de tomber. Je n’allais donc jamais m’habituer. Petite chute vers l’arrière. Atterrissage sur le postérieur de coton. Assise. Regard vers la jeune fille. Un mouvement de droite à gauche de la tête. Signe universel. Espérant que la petite comprenne. J’étais bloquée. Je ne savais quoi faire. Elle, seule, pouvait m’aider. Ne semblant pas méchante. Ne voulant visible pas me faire de mal. Une main s’avançant vers ma tête. Tapotée par deux fois. Compassion marquée.

 

    – Oh… C’est triste. Pourquoi tu bouges que maintenant ? Dis ? Tu veux jouer avec m… Mais il fait quoi l’oiseau ?

 

    Regard vers la fenêtre. Oiseau posé. Attendant pour entrer. Une autorisation demandée. Émeraude me quitta un instant. Curieuse de voir ce que l’oiseau. Enfin le moyen duc lui voulait. Un rapide échange. Attendrissant. Enfant et oiseau. Un dialogue. Elle parlait aux animaux comme elle parlait à ses peluches. Plus qu’aux humains il semblerait. Une voix douce. Des mots gentils. Une caresse. Un merci. Avant de revenir me voir. Lettre à la main. Un sceau la scellant. Une cloche et… Je ne pus point détailler plus. Elle l’ouvrit sans attendre. Impatience de la jeunesse.

 

    – Nounours on dirait que c’est pour toi. Tu t’appelles Max ? C’est drôle moi aussi !

 

    J’ouvris de grands yeux ronds. Enfin mes yeux cousus l’étaient déjà. Difficile d’avoir un visage expressif sous la forme de peluche. Je me contentais de hocher la tête. Max donc. Drôle de coïncidence. Sur ce point, je rejoignais la petite. Mêmes cheveux. Mêmes yeux. Même prénom. Un peu trop de similitude. J’avais l’impression de me voir. Encore insouciante. Et cette pièce… Il me semblait déjà la connaitre.

 

    – En fait c’est le papa Noël, il veut qu’on trouve une étoile. Il dit qu’elle nous guidera vers lui. Et qu’après il y aura un miracle de Noël.

 

    Aux premiers mots je crus à une blague. Je devais rêver. Seule solution envisageable. Si on reprenait. J’étais dans un lieu inconnu. Quoiqu’un peu familier. Avec une petite fille un peu trop réveillée et innocente. Dans un corps qui n’était pas le mien. Et une lettre d’un soi-disant père Noël nous parlait d’étoile et de miracle. Tout allait pour le mieux. Et pourtant même si cela ressemblait à un rêve, les sensations, tout semblait bien réel. Au point que je finis par croire doucement à cette histoire. Je n’avais pas beaucoup d’options. Je n’allais pas rester ourson.

 

    – C’est trop bien ! Une enquête de Noël ! Vite, je sais où trouver une étoile. D’habitude on la met en haut du sapin. Mais cette année papa ne voulait pas le faire. Elle doit être dans le grenier. Aller vient avec moi.

 

    Je ne pus protester. Par manque de temps, certes. Mais surtout par manque de force. Embarquée contre mon gré sous le bras, d’une petite en pyjama. Courant à travers la maison. Habitation qui semblait vide. Jusqu’à ce qu’une silhouette dans un bureau soit, au détour d’un couloir, visible. Une voix masculine réclamant le calme. Max ralentissant le rythme. Me mimant de ne pas faire de bruit. Loin de moi une telle idée. Je ne pouvais rien faire. Elle me retenait.

 

    Devant l’échelle menant au grenier. Sur son épaule, elle me fit basculer. Je comprenais maintenant ce que pouvait ressentir mon propre doudou. À être baladé. Trimbalé. Un peu partout. Dans tous les sens. Si je sortais vivante de cette aventure, je promettais de faire plus attention à mes jouets. Je ne pus promettre plus déjà dans au sommet de la maison. Dans la pièce la plus haute. La plus sombre. Max me laissa tomber sur le côté cherchant un moyen de nous éclairer.

 

    De mon côté, je tentais de me redresser. Vie de peluche difficile. Déséquilibre, mouvements imprévisibles. Après quelques essais, je réussis à retourner sur mes pattes. Émeraude toujours en quête de lumière. J’allais enfin pouvoir l’aider. Pas lent et incertain. Crainte de la chute à chaque changement. Rembourrage nécessaire. Pauvre petit ours polaire. Soudain, je trébuchais sur quelque chose presque aussi grande que moi. Une lampe torche de non-initié sur le sol. Je la détaillais comme je pouvais. Et tentais tant bien que mal d’appuyer sur le bouton. Arriverais-je à maîtriser ce corps des plus instables ?

 

    Finalement Max me remarqua. Et fit ce que je n’arrivais pas. Éclairant ainsi la pièce. Illuminant cet antre des souvenirs. Remarquant une caisse, enfin plutôt un carton, non loin, je m’avançais d’un pas hésitant. Une guirlande s’échappant d’un côté. Je tentais d’y grimper. Courage petit ours. Tu vas y arriver. Voilà ce que je me répétais. Poussée par une petite main qui voulait simplement m’aider. Je tombais au milieu des boules et des lumières. Décorations de fêtes. Qui devraient être de sorties en cette pério…

 

    – Oupss nounours Max. Attends je t’aide.

 

    Réflexions interrompues. Patte arrière attrapée. J’eus tout juste le temps de m’accrocher à une boite au fond de la boite. Essayant de l’agripper comme je pouvais. Elle glissait. Pas de prise. Pas d’accroche. Ces membres empêchant les mouvements de préhension. Je n’en pouvais déjà plus. Je voulais plus que tout revenir à mon état normal. Heureusement que Max était là. De nouveau dans ses bras j’étais aux premières loges. La regardant ouvrir la boite.

 

    – Tu es le meilleur. Du premier coup !

 

    Je sentais le piège arriver. Se refermer doucement. À mesure que l’étoile se découvrait. Elle était magnifique. Brillante autant que les yeux émerveillés de l’enfant. Qui approcha sa main d’elle pour la prendre. Mon instinct me hurla de partir. Je me débattis. Hypnotisée par l’objet. Elle ne remarqua rien. Ses doigts l’effleurèrent. Simplement.

 

    Nausée. Vomissement. Vertige. Sensation plus que désagréable. Si je n’étais pas déjà de couleur blanche, j’aurais blanchi encore plus. Au point de pouvoir me camoufler dans l’immensité enneigée. De la neige ? Où étions-nous ? Nous ? Max ? Où était la peti…

 

    – Nounours j’ai froid. On est où ? Tu crois c’est la maison du papa noël là-bas ?

 

    Je la sens me serrer encore plus contre elle. Je ne pouvais malheureusement pas lui répondre. J’étais simplement contente qu’elle soit là. Mais en même temps inquiète. Et si des dangers nous attendaient. Et si ce qui semblait être un objet enchanté nous avait amenés droit dans un piège. Je m’en voudrais affreusement qu’il lui arrive quelque chose. Elle était si douce. Si gentille. Si attendrissante et adorable. Une enfant tout simplement. Elle ne méritait pas qu’il lui arrive malheur. Et pourtant alors que je culpabilisais du chalet, elle s’était rapprochée. À la porte, elle venait de toquer. Elle tremblait. Je ne pouvais absolument rien faire. Simplement observer. Me sentant inutile. Doudou fragile.

 

    – Qui es-tu petite fille ? Que viens-tu faire chez moi ? Je suis fatigué.

    – Je m’appelle Max et le papa Noël voulait qu’on touche une étoile. Et pouf on est ici. Il fait très froid.

    – On ? Mais tu es seule. Qui t’accompagne ?

    – Bah nounours Max ! Le papa Noël, il a parlé d’un miracle. Mon ourson il bouge !

    – Entre donc ma petite. Je vais voir ce que je peux faire pour ton ami de tissu. Je m’appelle Santa.

 

    – Elle m’avait tendu à l’homme barbu. Je tremblais de peur. Je ne savais pas ce qui allait m’arriver. Quand le nom de l’individu se fit entendre. Comme par magie. La crainte s’envola. Santa ? Santa Claus ? Père Noël ? Ce n’était pas possible. C’était des contes. Des légendes pour les enfants qui voulaient croire et rêver. Cela ne pouvait être réalité. Et comme si l’homme des mythes pouvait lire dans mes pensées. Une fois sur la table je fus déposée. Il se plaça face à moi. Et fit entendre sa voix. Max timide près de la cheminée. Elle cherchait à se réchauffer.

 

    – Ne t’en fais pas Maximilia Bénédicte. Oui je connais ton prénom. Je sais qui tu es. Laisse-moi te libérer. Je crois que tu as maintenant assez pour tes réflexions. Fais attention à toi. N’oublie pas tout du passé.

 

    Je ne compris pas ses mots. Pas leur sens. Trop occupée. Cerveau bloqué sur la première phrase. Une identité révélée. Des plus exactes. Et tandis que je me perdais dans mes pensées. L’homme marmonnait dans sa barbe. Je me sentis tout à coup fatiguée. Le monde tournait. Mes pattes ne me supportaient plus. Je glissais. Tombais à nouveau. Une petite voix. Une main derrière ma tête. Un bisou sur le museau. Sensation petit à petit disparaissant. Noir total.

 

    Froid. Joue. Réveil. Par un petit animal. Un rouquin ayant posé son museau sur mon visage. Lieu familier. Mon chez-moi. Près de la forêt. Premier réflexe me lever. M’analyser. M’observer. Vérifier que tout soit à sa bonne place. Tête légèrement vacillante. Mais tout semblait en ordre. La petite fille était donc un rêve ? Cela m’a paru bien réel pourtant. Je ne savais quoi en penser.

 

    Je me tournais vers mon ami à quatre pattes. Lui souriant. Remarquant près de lui une lettre. Un sceau étrange. Me rappelant quelque chose. Un cloche et homme de pain d’épice. Où l’avais-je déjà vu ? J’avais du mal à me souvenir. Esprit encore perturbé. J’ouvris délicatement l’enveloppe. Lisant le mot inscrit. Le murmurant. Partageant l’information avec la boule de poils. La reposant par la suite sur le côté. Avant de caresser en souriant la tête du petit mammifère.

 

    Les miracles n’existaient peut-être pas

    Mais la magie de Noël était bien là.

 

 

La mystérieuse lettre : 

 

    Chère inconnue,

 

    En revenant du travail, je me suis égaré près de la forêt. Celle que vous appelez interdite à l’école. De là un petit écureuil m’est apparu. Il me semblait qu’ils hibernaient en cette période de l’année. Mais celui-ci semblait bien vif. Et un peu paniqué. Sans savoir pourquoi je l’ai suivi goût de l’aventure.

 

    Il m’a amené jusqu’à vous. Ou plutôt jusqu’à un de ses confrères. Jusqu’à ce que je remarque une sorte de tatouage. Une chance que je ne quitte jamais ma stèle. Une petite rune, vous m’excuserez, pour voir devant moi une jeune femme étendue. Complètement prise par le froid.

 

    Je suivis de nouveau le petit être à travers la forêt jusqu’à une cabane à la lisière de celle-ci. J’y entrais et vous déposais sur le lit. J’ai pris la peine de relancer le feu et vous apporter quelques runes de soins avant de reprendre mon chemin. J’espère que vous vous portez bien.

 

    Remerciez le petit.

    Ne me remerciez pas.

    Joyeux Noël à vous

 

 Un père Noël qui passait par là