Cauchemar et Examen

    L’antre des messagers, il y a peu, je l’avais quittée

    Dans la file d’attente, je me tenais

    Un examen nous était annoncé

    J’essayais d’oublier les événements passés

    Je devais rester concentrée

    Autour de moi des visages que je connaissais

    Mais seule dans mon coin je restais

    Je ne devais pas leur parler

    Si je commençais à discuter

    Le masque tomberait

    Il était fragile

    Ne tenait qu’à un fil

 

    Une élève venait de sortir de la salle de classe devant laquelle j’attendais mon tour. Un visage familier. Une personne qui avait tenté de m’aider. Mais là ne devait pas se porter mon attention. Encore une personne et c’était mon tour. Sortant de ma rêverie, je franchis le seuil. Fermant la porte derrière moi, je m’avançais vers le professeur. À ses côtés une armoire.

 

    Un souvenir remontait avec une mélodie. Une sensation de déjà-vu. Et là dans les mots du professeur je compris. Je devais oublier mes problèmes. Me concentrer sur le test. Une première partie pas des plus simples. Mais j’étais concentrée. Motivée. C’était juste un mauvais moment à passer. Stèle levée. J’étais prête…

 

    Ou pas.

 

    Un miroir. Un nuage noir. Une forme devant moi. Cette fois-ci aucune mélodie pour m’aider. J’étais seule face à cette silhouette masquée. Toute de noir vêtue. L’objet blanc. Immaculé. Sur le visage, le cachant. Le protégeant. Mes yeux, eux, étaient visibles. Un reflet d’une tombe…

 

    Crac.

 

    Le masque qui tombe. La peur me pétrifia. Pieds enracinés. Mon corps ne me répondait plus. Le visage de l’inconnu à découvert. Une personne connue. Un air dévasté. Des traits tirés. Nerf à vif à fleur de peau. Les larmes couvraient son visage. Mon regard dans le sien. Je ne pouvais pas l’ignorer. Ni ignorer les événements passés.

 

    Non !

 

    Je ne devais pas me reperdre dans mes pensées. Pas comme dans la volière ce matin où j’ai attendu en vain. Pourquoi étais-je ici déjà ? Autour de moi une salle de classe. Un professeur. Personne ne devait voir cela. Personne ne devait reconnaitre le visage de la silhouette blessée, perdue, seule, sans repère, sans pilier, sans famille. La personnification de l’abandon. De la solitude. De perte de l’être cher de l’être aimé. De sa seule famille.

 

    Non !

 

    Personne ne devait savoir à qui appartenait ce visage qui me regardait. Qui me parlait avec les yeux. Qui voulait que le masque, mon masque tombe. Mais il ne devait pas tomber, pas maintenant. Je connaissais la formule. Je savais qui il était. Je devais le faire partir. Avant que ma sensibilité transperce encore plus ma carapace. Ce n’était qu’un test. Pas une réalité. Une peur. Une illusion. Beaucoup trop réaliste. C’était le moment de lui dire adieu ou au revoir.

 

    Geste calme et posé. Un coup de main. Le sort s’en est allé. Il a réussi à la toucher. Cette personne qui hante mes pensées. Cependant je restais figée. La silhouette elle se transformait. Un ballet de feuilles multicolores. Une valse de la nature. Une nouvelle illusion. Douce. Réconfortante. Plaisante. Qui s’envola vers l’armoire comme portées par une brise imaginaire.

 

    Portes fermées. Je repris mon souffle. Mon cœur ralentissait petit à petit. Ce weekend, l’absence de réponse et maintenant l’examen de cauchemar. Je m’empêchais de toutes mes forces de craquer. Je devais réussir mon diplôme pour aller le retrouver.

 

    Je me tournais vers le professeur. Quelque chose avait changé. Je m’étais renfermée. Encore un peu plus. Je me cachais. Cachais ma peine et ma colère ainsi que ma peur. Mes faiblesses.

 

    – Quelle sera la suite du programme professeur ?

 

    Une voix toujours calme. Très légèrement tremblante. Est-ce qu’il l’avait remarqué ? Est-ce qu’il avait reconnu cette silhouette ? Est-ce qu’il avait vu que cette personne perdue fragile et exposée n’était autre que mon reflet ?